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Mohamed Kentache. Président de l’APIMC

«Le combat de 30 ans est en péril…»

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le 04.02.18 | 12h00 Réagissez

«Le combat de 30 ans est en péril…»


En dépit du travail titanesque réalisé par votre association, la question de l’infirmité motrice cérébrale demeure méconnue du grand public…

Les gens confondent, se trompent lourdement. L’infirme moteur cérébral n’est pas un malade mental. C’est un être très intelligent. Sa paralysie est la conséquence d’une lésion fixée, mais non évolutive. Celle-ci touche le cerveau en pleine maturité, en période périnatale ou quelques fois à la petite enfance.

Elle se traduit par des troubles du mouvement et de la posture, avec souvent des troubles neuropsychologiques, causant aussi des troubles de l’apprentissage.   

Est-il vrai que le nombre de malades ne cesse d’augmenter ?

Les naissances prématurées, les mariages consanguins qui augmentent de jour en jour, l’aléatoire prise en charge de la grossesse et les accouchements difficiles, sont les principales causes de l’IMC à Sétif et ailleurs. Cette pathologie lourde est un véritable problème de santé publique. Selon notre cartographie, plus de 1125 enfants de 53 communes de la wilaya de Sétif sont des IMC. Avec un taux de 41,42% pour les filles et 58, 58 % pour les garçons.

Ces données ne concernent que les enfants recensés et suivis par l’association. Pour diverses raisons, beaucoup d’enfants des zones enclavées se trouvent hors réseau, sans suivi ni prise en charge médicale et psychologique.

Quel est le champ d’action de votre association ?

Avant l’ouverture de l’hôpital de Ras El Ma, une équipe multidisciplinaire de l’association prenait en charge la rééducation totale des enfants. Actuellement, notre centre du jour (Club des dauphins) fait dans la guidance parentale, l’orientation et le suivi scolaire.

On s’occupe aussi de la réadaptation fonctionnelle, mais l’exiguïté du centre, ne dépassant pas les 82 m2, ne nous permet pas de répondre à la demande de plus de 900 familles. Nous avons, en outre, contribué à la formation de 40 auxiliaires de vie scolaire (AVS) et de 60 enseignants sur le système inclusif, et accompagné 180 étudiants préparant des mémoires de fin d’études universitaires.

Que pouvez-vous dire à propos de l’évolution des enfants ?

N’ayant pas eu la chance de suivre une scolarité, 17 IMC ont, grâce au précieux concours de nos amis de la maison de la culture de Sétif, bénéficié d’une formation artistique.

En dépit des gigantesques efforts déployés par notre association travaillant en étroite collaboration avec Handicap International, la scolarité de 84 enfants inscrits dans différents établissements de la wilaya, tâtonne. L’absence d’un AVS, le manque de formation des  enseignants à suivre cette catégorie d’élèves et la question de l’accessibilité, freinent l’évolution des IMC, qui ne cherche pas une garderie.

Il en est de même pour l’éducation inclusive, une approche reconnaissant que chaque enfant est un apprenant unique, qui exige en outre que les écoles ordinaires soient capables de fournir une éducation de qualité accessible à tous les enfants dans leur propre milieu, indépendamment de leurs différences physiques, intellectuelles, sociales, émotionnelles, linguistiques ou autres.

Où en êtes-vous avec le nouveau centre ?

A cause d’embûches administratives, le problème n’a pas bougé d’un iota depuis plus de 10 ans. On a frappé à toutes les portes, en vain. On a l’impression que des mains invisibles voudraient mettre la main sur la parcelle située à la cité Tyldjene (un coin du centre-ville). L’agrément du centre de jour Club des dauphins, se fait désirer.

La DAS n’a pas donné suite à notre demande. Ce document nous permettra d’avoir une aide et des subventions du ministère de la Solidarité nationale, comme c’est le cas pour les Oiseaux du paradis et l’association Ibtissama de Beni-Ouartilane. On ne comprend plus ces blocages qui perdurent. En lieu et place d’aide et de soutien, on décourage des pères tancés par la maladie de leur progéniture.

Comment se présente la situation financière de votre association ?

Elle est à la fois catastrophique et désastreuse. Les clignotants sont au rouge. Avec un maigre budget, dont une partie provient de la CNAS,  on ne va pas tenir encore plus que trois ou quatre mois. Empirant d’année en année, la situation financière de l’association ne recevant le moindre centime de la commune et de la wilaya influe négativement sur la prise en charge des enfants et le fonctionnement de la structure qui a fait pourtant ses preuves. Les contraintes financières freinent considérablement nos activités.

Réalisant un travail gigantesque, l’orthophoniste et la psychologue, dont les contrats (dispositif DAS) expirent en mars 2018, risquent de partir. Le combat de 30 ans est en péril. Nous profitons de l’opportunité pour solliciter l’aide du wali et lancer un appel aux entreprises pour venir en aide à notre association dont l’aura et l’expérience ont dépassé les frontières nationales.

La convention internationale relative aux droits des personnes handicapées est-elle appliquée ?

L’Algérie a ratifié en 2009 la convention relative aux droits des personnes handicapées, mais son application sur le terrain fait face à moult problèmes.

Pour l’illustration, l’article 9 qui stipule : «Accessibilité, droit d’accéder à tous les services publics sans difficulté» n’est pas généralisé, tout comme l’article 24 :  «Le droit d’aller en classe où les enfants handicapés sont scolarisés et intégrés en milieu scolaire ordinaire et non dans les institutions spécialisées avec les mêmes droits et opportunités… » 

Kamel Beniaiche
 
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