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Massacres du 11 mars 1958 à Bougaâ (Sétif)

L’historique rafle, 60 ans après

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le 11.03.18 | 12h00 Réagissez

Le 4 mars 1958, un peloton du 1er escadron du 4e Dragon tombe dans une embuscade à Aïn Lahdjar, lieudit situé à quelques encablures de Bougaâ (chef-lieu de daïra à 43 km au nord de Sétif).

Tendu par Abdelkader El Bariki (de son vrai nom Abdelkader Azil), le guet-apens se solde par l’élimination de seize soldats français. Cette perte ébranle et met en furie l’état-major de l’armée coloniale.

Sa réaction sera rapide et impitoyable. Placé sous l’autorité du colonel De Sevelinge, le commandement militaire de Bougaâ procédera, deux jours après, à l’une des plus grandes rafles de l’histoire de la guerre de libération nationale. Le jeudi 6 mars 1958, jour de marché à Bougaa, aux environs de 6h du matin, les explosions et les crépitements des armes réveillent le village paisible. Ses issues sont toutes bloquées par des soldats armés jusqu’aux dents. Pour réussir leur coup et venger les 16 soldats, l’armée française utilise les gros moyens.

La nuit précédant la manœuvre, des milliers de soldats sont  acheminés par camions vers  le lieu des opérations. Abasourdis par les stridentes déflagrations, les habitants tombent dans un véritable traquenard. La panique s’empare d’une population terrorisée. Les portes sont défoncées par une meute de harkis impassibles face aux supplications des femmes et des enfants en pleurs. En un temps record, la population est rassemblée.

Hommes, femmes et enfants sont dirigés sans ménagement vers le stade communal. La loi du plus fort transforme le terrain de foot en prison à ciel ouvert où seront parqués sept jours et sept nuits des centaines d’hommes. Meurtris, les femmes et les enfants quittent les lieux aux environs de midi.

Et c’est à ce moment précis que commence la persécution des hommes entassés comme du bétail. Le lendemain, Saïd Allouani, membre du réseau de soutien au FLN, est exécuté devant la porte de sa maison. En plus donc des brimades et des sévices, les prisonniers sont contraints de faire face à des conditions d’hygiène abominables.

L’insalubrité des lieux génère de graves  maladies. Appelé en catastrophe, le docteur Lucien Aouizrat, très estimé des  «indigènes», arrive tout de même à sauver d’une mort certaine de nombreux patients anéantis par des conditions de détention insoutenables. Comme un malheur n’arrive jamais seul, le froid polaire des nuits de mars engendre de nombreux cas d’hypothermie. Pour les chanceux, la punition collective prend fin huis jours après. Les souffrances endurées marquent les visages des rescapés.

Affaiblis par la terrible épreuve, les suppliciés regagnent difficilement leurs domiciles. Taxés de conspirateurs et de hors- la-loi, Allouani Lakhdar, Debihi Djelloul, Attoui Mohamed, Daoud Lamri, Taklit Tayeb, Tarchoune, Benaddad Abdelkader et Belhocine Lakhdar payeront le prix fort. Acheminés à la ferme d’Ain Medah, où ils ont été affreusement torturés, ils seront fusillés en catimini, le 11 mars 1958, sur le pont métallique reliant les deux rives d’Oued Boussalem au lieudit Bouffaroudj.

Criblés de balles, des corps inanimés flottant dans l’eau glacée d’Oued Bousselam, sont découverts par les habitants de Bouaffroudj au petit matin. Les cadavres des martyrs sont enterrés dans la discrétion totale. Pour ne pas saper le moral de la population, le FLN n’a pas voulu révéler le sacrifice de ces preux.

Le secret est bien gardé. Pour preuve, les familles n’ont jamais perdu espoir de revoir les «disparus» broyés par la machine meurtrière. En septembre 1962, les corps des martyrs sont déterrés et enterrés au cimetière de Dar Echeurfa de Bougaâ où le douloureux souvenir du 11 mars 1958 demeure impérissable.   

Kamel Beniaiche
 
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