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Rafaï Mustapha. 72 ans, Ancien joueur, auteur d’un livre sur la JSK

Pourquoi la JSK en est-elle arrivée là ?

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le 25.01.18 | 12h00 Réagissez

Pourquoi la JSK en est-elle arrivée là ?

«Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas. C’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles.» 
Senèque

Dans un coin de la librairie de son ami Omar Cheikh à Tizi Ouzou, Mustapha savoure ouvertement le produit de son travail en feuilletant son nouvel ouvrage, manuscrit, consacré à la JSK et qui sortira bientôt en librairie. C’est le 2e tome. «Un devoir de mémoire est une dette envers le club qui m’a vu grandir», précise-t-il.

Une histoire tirée d’un passé glorieux, que notre ami Mustapha a revisitée pour nous la faire connaître et aimer. Un travail de longue haleine élaboré, comme un sportif, avec endurance, minutie et objectivité, qui évoque aussi bien les bâtisseurs désintéressés que les empêcheurs de tourner en rond.

Finalement, l’histoire réagit comme nous. Ce ne sont pas les destins les mieux maîtrisés qui retiennent ses faveurs, ce sont au contraire les parcours rugueux avec leurs humeurs et leurs erreurs.

Qui est donc Mustapha Rafaï ? Il est né avec la JSK au cours de la même année. «On jouait à l’école Janmaire et on avait un prof d’arabe, Rabah Stambouli, qui s’intéressait au foot. On a formé une équipe au sein de l’établissement Karamani, avec Koffi et d’autres on jouait des matchs inter-établissements.

La JSK plus qu’un sigle

En 1962, la JSK avait repris, on nous a demandé de renouer avec les crampons. J’ai joué directement en juniors alors que je n’avais pas l’âge. J’ai trafiqué mon acte de naissance. Mon premier entraîneur est Hacène Chicola (Hamoutene), le deuxième en 63/64 est un ancien joueur, Saïd Hassoune. C’était aussi un chef scout et un voisin. Je m’entraînais avec les seniors. Le fils du premier président Ouakli avait remplacé son père.

C’était le docteur Ahmed Ouakli. Madiou, le SG, m’avait emmené chez lui pour la visite. ‘‘Il est trop jeune et trop frêle, je ne signe pas’’ avait-il déclaré à mon grand désenchantement. On est sortis pour aller voir un docteur français à Tizi. ‘‘Je vais le surclasser, mais promettez-moi de ne pas le faire jouer tout le temps’’, lui a-t-il dit. Cela suffisait à mon bonheur. Cadet 2e année, j’ai joué équipe en première, peut-être le plus jeune en Algérie.

La JSK jouait en Division d’Honneur. Le premier match officiel c’était contre le RC Arba qu’on a battu 2-0. Je garde un souvenir sombre du match WAB-JSK, marqué par une grande rivalité.

Defnoun était notre entraîneur, et en face c’était Ahmed Arab. Mon père voulait venir voir ce match si particulier, mais j’ai refusé de lui ramener les tickets d’entrée. Il y a eu des prises de bec entre Defnoun et Arab, j’avais la barbe et les supporters Boufarikois hurlaient à mon endroit ‘‘Lagaillarde !’’, du nom du sinistre dirigeant de l’OAS qui portait une barbe comme la mienne. Nos supporters leur répliquaient : ‘‘Enfants de Froger Amédée !’’, maire de Boufarik et maire des maires, raciste et arrogant.

Aouissi, l’arbitre, a laissé faire avec la tournure houleuse des événements. Les dirigeants sont venus me voir et m’ont emmené derrière les buts pour m’éloigner d’une scène terrible. Mon père, qui est venu quand même au stade, avait reçu un terrible coup à la tête et était soigné dans les vestiaires. Horrible souvenir.

En revanche, je m’enorgueillis de mes débuts en équipe nationale sous la houlette de Bentifour et Zouba en 1970. On a participé à un tournoi à Paris et évolué à Annaba contre la Bulgarie…

J’ai un autre souvenir qui sera gravé à jamais dans ma mémoire. On est allé jouer contre l’ASO à El Asnam. C’était en 1966. Le terrain était boueux et l’adversaire nous attendait de pied ferme, dans une ambiance électrique où on savait ce qui nous attendait et attendait nos chevilles et nos tibias. L’arbitre de la rencontre, M. Fortas, donnait l’illusion d’être impartial. C’était un match choc. Toute la ligue d’Alger avait investi la main courante.

L’ASO était entraînée par le regretté Mazouza, membre de l’équipe FLN et qui jouait en défense. Avant la rencontre, l’arbitre m’avait dit : ‘‘Tombe dans les 18 mètres, je te donne penalty’’.

En 2e mi-temps, Driss Kolli, sur corner, m’offre une balle que je dévie d’une tête plongeante dans les bois, je me retrouve dans les bras du gardien Mimoun. A terre, j’étais roué de coups, je me suis retrouvé à l’hôpital avec 4 côtes fêlées.

On voulait me garder en observation, mais mes dirigeants ont refusé. Depuis, je me suis toujours rappelé de cet arbitre qui non seulement n’a pas tenu parole, n’a pas sanctionné mes ‘‘bourreaux’’.»

Ces souvenirs sont mis entre parenthèses par la situation peu enviable que vit le club. Depuis le temps qu’il côtoie la JSK, Mustapha doit sûrement se dire que s’il a connu des périodes variables dans ce club mythique, l’actuelle ne l’enchante guère.

Résultats en berne, climat morose, mélancolie ambiante. Même avec un détachement sur les choses qui semble être sa marque de fabrique, Mustapha ne peut dissimuler une colère contenue.
 

Un livre sur la JSK

«C’est malheureux qu’on en arrive là. C’est une mauvaise pièce de théâtre, personne n’aurait pu écrire un tel scénario, sauf ces individus. Que font les anciens joueurs membres de l’AG du CSA qui sont pourtant majoritaires ? Je devais être président il y a 4 ans, mais j’ai refusé. La JSK est dans une situation catastrophique, Sadmi m’avait appelé pour l’aider, je lui ai envoyé un message par le biais de Saïd Boukhari.

J’ai demandé qu’il y ait d’abord un responsable de la communication, un porte-parole officiel pour mettre fin à cette véritable cacophonie où chacun joue sa partition, ce qui a créé une confusion inimaginable. Le responsable de tout cela, c’est Hannachi.

Ceux qu’il a placés sont ceux-là mêmes qui l’ont éjecté. De plus, le code de commerce est largement bafoué dans le cas de la JSK qui est avant tout une SPA.»

Comme on le constate, une certaine retenue, un côté secret n’empêchent pas Mustapha de dévoiler ses sentiments. Foi de joueur confirmé et fidèle aux couleurs. «Avant, c’était une autre atmosphère. C’est quoi maintenant ? C’est différent. C’est encore plus triste lorsqu’on voit la

JSK chavirer comme un bateau ivre…

Certes, avant, il y avait du bon et du moins bon. Des saisons euphoriques et d’autres faméliques. Mais le respect du club et des autres était de mise…

En tous cas, on était loin de ces indigences footeuses essoufflées qui meublent nos week-ends.» Le football professionnel ? Mustapha a son mot à dire sur ce vaste chapitre. «Le collage du professionnalisme et de l’argent présente une face plutôt hideuse du football.

Ce qui reste pour des millions de personnes une recette morale dont l’exercice est physique devient sous nos yeux une jungle mercantile, un cirque où l’on achève bien le foot.» On avait parlé à l’époque d’amateurisme «marron» ; force est d’admettre aujourd’hui qu’il y a lieu de donner un nom à cette forme de foot : un professionnalisme «marrant !» Mustapha a écrit un livre sur la JSK. Il nous dit pourquoi il a convoqué l’histoire : «L’idée m’est venue il y a longtemps. Pratiquement depuis que j’ai arrêté la compétition en 1973 lors de notre première consécration.

J’avais en ma possession des documents inédits. Mon père Hocine, ancien gardien de but, et mon oncle Mohamed, arrière central, étaient d’anciens membres fondateurs de la première équipe musulmane de Kabylie, le Rapid Club de Tizi Ouzou créé en 1929.

Mon frère Boualem, qui vit en France, a fait des recherches et a pu me procurer des documents dont le Journal officiel qui mentionne la création de la JSK, en plus des autres documents recueillis chez le père de mon ami Omar Cheikh dont le grand-père est à l’origine de la création de cette librairie en 1929. Ainsi, j’étais plongé dans l’histoire de la JSK. Je voulais écrire.

Le premier livre, 40 ans de football, de Naïm Adnane, en fait Rabah Kebdi, s’est basé sur les témoignages et les journaux sans documents officiels. Ce sont ces documents qui me manquaient.

Or, un beau jour, au milieu des années 1990, sachant que je faisais des recherches à propos de l’histoire de la JSK, un ami m’appelle pour m’informer qu’il était en possession d’une copie du registre des délibérations de la JSK datant de la période 1946-1956. Quelle aubaine !

Un travail de fourmi

Les gens, ici, savent que je n’ai jamais lâché le foot», confie notre interlocuteur qui a fait sienne cette formule de Saint Exupéry : «Le plus beau métier des hommes, c’est d’unir les hommes.» Et si son nouveau hobby, l’écriture, a un caractère mémoriel, il vise aussi à ne pas rompre les liens et à unir la grande famille, si possible sur la base des mêmes valeurs et des mêmes principes : «Je suis très lié avec les anciens dirigeants de la JSK comme le secrétaire général Madiou, mort centenaire, ou le père de Baïleche, deuxième SG de 1951 à 1956, délégué de ligue et l’un des premiers responsables politico-militaires de la région. On l’appelait Moh Prouf, allusion à l’ancien grand joueur devenu entraîneur de Rennes.

Ces deux-là, lorsque j’ai eu les documents sus-cités, j’ai été les voir, ils sont restés bouche bée. Ils ont retrouvé leurs signatures au bas des documents. Avec toute cette somme d’infos, je ne pouvais qu’écrire en axant sur les fondateurs, les lieux, les problèmes rencontrés avec les colons. Ainsi, lorsque l’OTO a vu la création du Rapid, il a tenté de l’anéantir. C’est pour cela que le club, constitué en majorité de musulmans, n’a pas trop duré de 1929 à 1932.

Sous la pression, il s’est auto-dissous. Il y a eu en 1944 une tentative de redéploiement de la part d’une poignée de dirigeants, dont le regretté Hamid Sidi Saïd (homonyme, mais parent de notre ami, ancien ministre de la Santé).

Cette initiative a sans doute préparé le terrain à la JSK née dans un cadre corporatif cégétiste sous l’impulsion de Ouakli Saâdi, interface entre le syndicat et l’équipe de foot dont le siège appartenait justement au syndicat. Mais la majorité voulait le club civil. C’est ainsi que le 29 juillet 1946 une réunion a eu lieu pour la constitution du club civil dénommé JSK. »

Ce qui est délicieux avec Mustapha, c’est qu’on retrouve avec lui l’usage de toutes sortes d’adjectifs que la brutalité et la vulgarité des mœurs contemporaines avaient plongés en désuétude. Alors, nous lui avons posé la question : pourquoi JSK et pas JS Tizi Ouzou ?

«Plaçons les événements dans leur contexte. Tizi était une ville européenne. Les ‘‘indigènes’’ vivant alentour y venaient. Deux membres, Dris Lounas Moh Seghir et Bournane ont mis leur café à la disposition de la JSK. Le 2 août 1946 dans le Journal officiel il est écrit que le siège de la JSK est le café dont la dénomination était ‘‘Café de la Jeunesse sportive’’ à côté de la cordonnerie qui appartenait à Amirouche dit Moh Ouali Salem, qui servait aussi de lieu de réunion en cas de nécessité.

C’est de là qu’est née la dénomination. Les couleurs du club ? Vert et rouge dans les statuts. J’ai les rapports de police où tous les dirigeants étaient fichés. En 1947, ils ont tenté de phagocyter la JSK en avalant et en intégrant le tout à l’OTO… Mais en vain.

La Jeunesse Sportive, ouverte désormais sur toute la région, ne pouvait plus s’arrêter.»

Parcours :

Mustapha Rafaï est né le 13 février 1946 à Tizi Ouzou, dans un milieu où le foot n’est pas étranger, puisque intégré aux mœurs. Ses parents lui ont sans doute inculqué les vertus de ce merveilleux sport.

Mustapha a donc joué à l’école Janmaire de Tizi Ouzou, avant de gagner ses galons à la JSK où, très jeune, cadet deuxième année, il a pu décrocher sa place en équipe première.

Il a accompagné plutôt positivement son club chéri durant les années 60’ et le début des années 70’ où la JSK a rejoint la cour des grands.

Il a connu des joueurs talentueux devenus ses amis et surtout des dirigeants dévoués dont on citera quelques-uns : Abdelkader Khalef, Hadj Oumnia et Boussaad Benkaci qui ont permis par la suite à la JSK de monter sur le toit de l’Afrique.

Hamid Tahri
 
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