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Messaoud Ouziala. médecin et sportif de talent

«Les dyalisés lui doivent beaucoup»

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le 08.03.18 | 12h00 Réagissez

Le docteur Messaoud Ouziala, qui vient de nous quitter à l’âge de 62 ans, était spécialisé en néphrologie et en était un médecin de renommée internationale.

Il est issu d’une famille fahs par le père Mohamed dont les parents et arrière-grand-parents se sont installés depuis des siècles dans le quartier d’El Hamma, devenu Belcourt puis Belouizdad et dont la maman est originaire de la petite Kabylie au cœur des Bibans.

Les deux familles ont, durant la Révolution, constitué le noyau de la résistance, lui avec Ahmed Bouda dans le populeux quartier de Belcourt, et elle dans les maquis en tant qu’infirmière et convoyeuse de médicaments, de renseignements et d’armements.

C’est dans cette ambiance d’amour de la patrie, de valeurs sûres et de combat que le couple Ouziala s’unit. Le petit Messaoud naît dans le vacarme des détonations, des déflagrations et des youyous stimulants de la lutte. Il a fleuri, après l’indépendance chez ses grands-parents à Aïn Taya avec son soleil, ses plages et ses habitants connus pour leur culture animée par la joie, le partage et cette générosité que ne peuvent connaître que les gens qui ont côtoyé cette charmante contrée et ses résidents.

Messaoud a subi une deuxième couche de culture, raffinée et tournée vers l’altruisme grâce à ses grands-parents. Comme tous les jeunes, il a été à l’école où il s’est distingué par ses dons sportifs puisque sélectionné dans l’équipe locale de handball de Aïn Taya, et consacré comme titulaire au sein du team national dans cette discipline où tous ses coéquipiers sont unnanimes à reconnaître déjà à cet âge des qualités exceptionnelles tant sur le plan sportif qu’humain avec son écoute, son ésprit d’organisation, son immense magnagnimité envers ses adversaires et même ceux qui se sont fait ses énnemis.

Brillant dans les études, très vite il décroche son baccalauréat et poursuit des tudes universitaires qu’il termine avec brio dans la specialité de néphrologie qui lui vaudra de la part de milliers de patients atteints de pathologie rénale une reconnaissance sans limites puisqu’il ne contribuera pas seulement avec ses compétences professionnelles, mais aussi avec ses qualités humaines à sauver par des greffes, des soins et des traitements au service de l’hopital Mustapha des patients qui lui expriment jusqu’à aujourd’hui leur reconnaissance infinie.

Messaoud, dans sa petite localité réunit tellement de qualités que tout le monde le veut comme gendre ou comme associé dans la gestion de la colectivité locale, que ce soient les côtiers du village ou les gens des vergers. Tous sont séduits par son aura symbolisée par les qualités de ce trentenaire flamboyant. Et c’est par ses qualités que ce jeune médecin trentenaire est plebiscité pour diriger les destinées de Aïn Taya dans le nouveau contexte de l’ouverture démocratique.

En 1990, le docteur Messaoud est élu à la majorité sous la houlette du parti qui allait être dissous quelque temps après. Emporté par son amour du pays, il s’est donné à fond et a réalisé en peu de temps de grandes choses, porté qu’il était par le peuple en déficit de liberté et de dignité, témoignent ses concitoyens. Mais son rêve n’a que peu duré puisque le processus démocratique engagé a été rompu, les candidats élus ont été arrêtés et placés dans des camps, à des centaines de kilomètres en plein cœur du désert dans des conditions pénibles de chaleur, de froid, sans jugement de 1992 à 1996 ; vu ses qualités, Messaoud a été choisi par les détenus pour être leur responsable dans le camp. Il n’a gardé aucune rancune contre les militaires qui le détenaient.

Le comandant du camp, un officier supérieur, a été amené malgré lui, connaissant les hautes compétences de Messaoud, à le solliciter en pleine nuit pour un membre de sa famille qui se plaignait de douleurs rénales, le docteur a détecté la pathologie et a orienté le patient vers les services concernés.

A la fin de chaque consultation, il rejoignait son camp sans rechercher le moindre privilège, il est resté loyal envers ses codétenus pour demeurer au même niveau qu’eux. Après sa libération en 1997, il a vite rejoint l’hôpital Mustapha où pourtant toutes les portes lui étaient fermées ; malgré cela, sans être rémunéré, sans être officiellement réintégré, sans être reconnu, il est à l’hôpital et continue à transplanter, à soigner et à traiter ses patients.

Un jour, en sortant de l’hopital, il est kidnappé et disparaît pendant 22 jours, plongeant toute sa famille dans le désarroi notamment son épouse et ses enfants. Les dyalisés, les transplantés se sont mobilisés pour qu’il soit relâché ; Messaoud est forcé à l’exil en 1998, il rejoint son directeur de spécialité qui lui ouvre ses portes.

Un de ses amis, Sofiane, a rapporté qu’il ne comprenait pas que le docteur Ouziala pouvait vivre avec tout ce qu’il a enduré : menaces, détentions sans juguement alors qu’il n’a fait que du bien, en lui posant la question : «Quels sont tes ressentiments ?» La réponse du toubib a été celle-ci : «Je ne leur laisserai pas la haine parce que je n’en ai pas, je ne possède en moi ni haine ni colère et ma patrie l’Algérie ne pourra se construire qu’avec l’amour de l’autre.» Messaoud n’avait d’existence que pour les autres ; emporté par un infarctus, il est parti le sourire aux lèvres.

Hamid Tahri
 
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