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Parution: Deux romans sur la guerre d’indépendance

Sidi Bel Abbès

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le 03.02.18 | 12h00 Réagissez

Le nouveau roman de Jean-Marie Blas de Roblès, intitulé Dans l’épaisseur de la chair, revient sur une histoire familiale liée à la colonisation de l’Algérie dans la région de Sidi Bel Abbès.

Le narrateur, qui se présente comme un passionné de pêche adorant dialoguer avec le très controversé philosophe allemand, Heidegger, nous relate le combat qu’il a mené pour déverrouiller la mémoire de son père.
Il finit par lever le voile sur l’histoire de la famille des Cortès, arrivée à Oran en juillet 1882. Originaire de la région d’Alicante, elle a été poussée par la pauvreté et une propagande coloniale alléchante.

Déjà en 1881, dans ses chroniques algériennes destinées au journal Le Gaulois, Guy de Maupassant fustigeait la politique coloniale faite de répression des Algériens et de fausses promesses aux Européens. Le but alors était de franciser l’Algérie et de lui donner une âme latine. Les aïeux du narrateur comprennent vite qu’ils n’ont aucun avenir dans l’agriculture. Ils se rabattent alors sur le colportage dans la plaine de la Mekerra. Cette saga familiale trouve son apogée quand le grand-père, Juanico, acquiert un bar au centre de Sidi Bel Abbès.

Le narrateur n’oublie pas de se replonger dans la grande Histoire de la région depuis 1830, en rappelant les atrocités commises contre les Algériens et les batailles de l’Emir Abdelkader contre l’armée coloniale. Dans toutes ces évocations, c’est la trajectoire de Manuel, père du narrateur, qui sert de fil conducteur au narrateur.

On a l’impression que ce père ne veut rien livrer de son parcours : ses études de médecine à Alger, puis sa mobilisation dans le contingent qui allait débarquer en Provence en 1944. Et enfin, sa participation à la fameuse bataille de Monte-Cassino, qui ouvrira aux Alliés la route de Rome. Médecin au moment de sa mobilisation, Manuel se comporta de façon héroïque, comme tous les soldats maghrébins. La Croix de Guerre couronnera son engagement. Au retour de cette guerre atroce, il reprend ses études pour devenir chirurgien à l’hôpital de Sidi Bel Abbès.

La guerre de Libération nationale le mettra dans une délicate position, car il soignera indifféremment Algériens et Français, ce qui va déplaire aux tenants de l’Algérie française. Il prendra même soin de la famille de son collègue, le Dr Hassani, monté au maquis pour rejoindre l’ALN. La famille Cortès quitte l’Algérie en 1962 pour s’installer dans la région de Montpellier. Le narrateur explique comment son père a refermé la porte de son passé.

A la déception d’avoir quitté le pays natal, s’ajouta l’hostilité de l’ex-métropole avec son lot de brimades et d’exclusions. Le père n’a d’ailleurs jamais pu exercer son métier de chirurgien en France. Il lui a fallu réviser ses espoirs à la baisse et, pour s’en sortir, redevenir médecin généraliste dans un village. Jean-Marie Blas de Roblès a réussi un roman dénué de toute nostalgie de mauvais aloi. Ce roman réfléchit au cœur de l’événement sans la prétention de refaire l’histoire ou de glorifier le parcours du père.

Pour rester à Sidi Bel Abbès, signalons le roman de Brigitte Giraud, née dans cette ville en 1960. S’agit-il, là aussi, de l’histoire de son père ?
Le roman, intitulé Un loup pour l’homme, évoque l’histoire d’un jeune Français appelé pour effectuer son service militaire en temps de guerre. Antoine reçoit sa convocation pour rejoindre le contingent des appelés se rendant en Algérie durant l’année 1960.

Il va être enrôlé comme infirmier à Sidi Bel Abbès. Son quotidien est passé au crible. Il découvre au fil des jours qu’il vivait dans une illusion nommée «le maintien de l’ordre» alors que la colonie était en ébullition et que de plus en plus de soldats revenaient dans des cercueils après des accrochages avec l’ALN. Malgré la propagande des services psychologiques de l’armée, Antoine va déchanter. Le moral de la troupe sombre de jour en jour à cause aussi des affres de la promiscuité et de la précarité.

Son travail l’épuise, surtout quand il aura à soigner son collègue, Oscar, amputé d’une jambe. Suite à ce traumatisme, ce dernier a plongé dans un mutisme total. Les incursions sur le terrain sont vécues comme un véritable calvaire. Les jeunes soldats ont l’impression de faire une guerre qui ne les concerne pas, une guerre voulue par une idéologie de domination.

Dans cette horreur, Antoine veut juste rester en vie pour retrouver Lila, sa fiancée, surtout depuis qu’il a appris qu’elle est enceinte et qu’elle compte lui rendre visite, séduite par la propagande qui, à travers les actualités de Pathé, décrit une colonie tranquille où la vie est belle.

De son côté, dans l’échange épistolaire qu’ils entretiennent, le père d’Antoine, communiste dans l’âme, essaie de convaincre son fils d’épouser la cause algérienne. Mais Antoine ne parvient pas à faire le tri de tout ce qu’il perçoit. L’arrivée de sa femme et la naissance de sa fille à Sidi Bel Abbès lui permettent d’échapper à l’enfer de la guerre et à son funeste cortège. Brigitte Giraud montre bien comment des jeunes ont été embarqués dans une guerre qui n’était pas la leur.
 

Slimane Aït Sidhoum
 
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