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Parution. Un beau livre écrit par Yasmina Khadra

Grandeur du Sahara

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le 06.01.18 | 12h00 Réagissez

 
	L’écrivain sur les traces de son univers d’enfance et d’adolescence.
L’écrivain sur les traces de son univers d’enfance et...

Yasmina Khadra nous revient cette fois-ci avec un beau livre consacré au Sahara, lui l’enfant du désert.

Et, pour le dire dans toute sa splendeur, l’écrivain prête sa plume aux illustrations de Lassaâd Metoui, issu d’une oasis du sud de la Tunisie. La rencontre entre deux singularités artistiques unit les mots et l’art calligraphique pour les mettre au service d’un lyrisme enchanteur inspiré par cet espace mythique.

Ce livre au titre un peu mièvre, Ce que le mirage doit à l’oasis, méritait mieux que le recyclage d’un intitulé qui avait valu au même auteur un grand succès en librairie. Mais ne boudons pas notre plaisir, car le contenu est très intéressant tout au long des vingt et un chapitres qui structurent ce beau livre. Dans les deux premiers, on assiste à un dialogue imaginaire entre le Sahara et l’homme.

Cet échange plein de lyrisme et très esthétique met en avant les performances de l’un et de l’autre. Dans cette joute poétique, le Sahara sort vainqueur. Mais, comme on peut le deviner, l’homme dans son aveuglement et sa vanité ne veut pas avouer sa défaite devant la grandeur du Sahara. Il persiste dans sa logique prétentieuse de dompteur du désert.

Dans sa sobriété légendaire, le Sahara essaie de relativiser les fanfaronnades de l’homme en lui rappelant son histoire millénaire et ses multiples métamorphoses naturelles. Une fois cette mise au point établie, le désert enseigne à l’homme que sa vacuité ne signifie pas néant. Elle est en fait une invitation à découvrir les mystères et les richesses que le désert offre à travers ses reliefs, ses dunes et ses oasis. Les conditions atmosphériques extrêmes ne sont qu’une manière subtile de se défendre contre les agressions de l’homme et son désir insatiable de tout dégrader. Puis sans transition, l’auteur entre en scène pour nous narrer la relation charnelle qu’il entretient avec le Sahara, car il est natif de Kenadsa, non loin de Béchar, au sud-ouest de l’Algérie, une région connue pour ses mines de charbon et de houille.

Et ce que peut-être le lecteur ignore mais découvre au fil des pages, c’est l’appartenance de Mohamed Moulessehoul, alias Yasmina Khadra, à une confrérie religieuse : la zaouïa des Moulessehoul. L’auteur en dit un peu plus sur sa famille et sa filiation comme s’il donnait une suite à son récit intimiste, L’écrivain, publié en 2001.

Il évoque succinctement l’histoire de sa maman mariée à l’âge de treize ans avant de divorcer pour prendre quelques années plus tard pour époux Hadj, le père de Yasmina Khadra. De son côté, le père a une histoire singulière, car il a pu réunir à nouveau sa famille autour de lui, après la dispersion de la fratrie consécutive à la disparition du patriarche. Le père qui a eu un comportement héroïque inscrit son action dans la continuité de la légende des Moulesshoul qui ont résisté à la pénétration française à partir de la fin de la pacification dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle.

Yasmina Khadra insiste sur un fait historique qu’avait connu leur zaouïa, qui avait une grande réputation dans tout le Sahara algérien. Et ce fait concerne l’hospitalité accordée à l’ermite Charles de Foucauld avant qu’il n’aille s’installer au Tassili dans l’espoir de convertir les Touareg au christianisme.

Ce dernier trouva la mort le 1er décembre 1916 dans des circonstances qui ont donné lieu à moult spéculations, surtout sur le rôle joué par Madani, le complice du meurtrier (pour approfondir le sujet, il est conseillé de lire l’excellent ouvrage de François Sureau, Je ne pense plus voyager, paru en 2016 chez Gallimard). Le Sahara, comme le constate le lecteur au fil des pages qui se tournent avec facilité, raconte mille et une histoires et Yasmina Khadra, qui croyait avoir échappé à l’atavisme de cet espace en s’engageant dans une carrière militaire à Oran, doit y retourner puisqu’il se verra affecté à Tamanrasset.

Ce retour au désert permet à l’auteur de renouer avec ses origines et de connaître des aventures exaltantes, de celles qui vous ancrent son homme dans un territoire pour l’éternité. Yasmina Khadra aura pour mission de baliser des pistes et de recenser les points d’eau pour les futurs voyageurs.

Et c’est l’occasion pour l’auteur de rappeler l’embuscade tendue par les Touareg, maîtres du Sahara, à la mission militaire française conduite par le colonel Flatters en février 1881. La colonne de l’armée coloniale fut entièrement décimée. L’auteur nous offre en outre une œuvre très lyrique de jeunesse demeurée inédite et intitulée Gomri et le capitaine. Ce texte est imprimé en italique pour signifier qu’il s’agit d’une greffe, au demeurant délicieuse, au texte général.

Pour finir, Yasmina Khadra, dans un hors sujet étonnant, revient encore sur son parcours médiatique en France et la difficulté qu’il a eu à se faire admettre par le milieu germanopratin. Il faut croire qu’il n’a pas encore mesuré le peu de valeur de la reconnaissance médiatique par rapport à l’engouement de milliers de lecteurs dont il n’a jamais manqué. Que vaut donc sa traversée du désert parisienne devant la grandeur du véritable désert que justement, il s’efforce de mieux nous faire connaître et aimer ?
 

Yasmina Khadra, Ce que le mirage doit à l’oasis. Illustrations de Lassaâd Metoui. Flammarion, 2017.             

Slimane Aït Sidhoum
 
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