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Fronton : Le mot «FIN» à l’écran

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le 10.02.18 | 12h00 Réagissez


Le Tivoli, le Club, le Royal, le Colisée… Si d’aventure, Samira Chouadria de la Chaîne 3 de la Radio algérienne vous posait la question dans sa pétillante émission de jeu, vous pourrez répondre que ces enseignes étaient celles des cinémas de Boufarik. La semaine dernière (El Watan, 03/02/18), notre confrère local, T. Bouhamidi, exhumait la mémoire de ces lieux qui furent agréablement obscurs avant de sombrer dans les ténèbres.

Là, comme ailleurs, on a fabriqué de toutes pièces une catastrophe nationale depuis août 1964, où les salles ont été nationalisées pour finir ensuite entre les mains des communes. Et voilà cinquante-quatre ans que nous contemplons, jour après jour, le massacre d’un patrimoine de près de 450 salles. Comme une évidence. Comme une fatalité. Mais ce n’est pas à une séance de mortification que je vous invite, à l’image du poète antéislamique, Imrou’ El Qays, qui pleurait sa bien-aimée sur les restes d’un campement, mais à une réflexion et une alerte sur les biens culturels communaux.

Après les élections de novembre dernier, les 1541 communes du pays ont été dotées de nouvelles assemblées fonctionnant selon la loi de 2011, laquelle précise qu’elles doivent «veiller à la protection et la sauvegarde des biens culturels immobiliers» et même à «la protection et à la sauvegarde de l’harmonie architecturale des agglomérations» (art. 116).

L’article 149 invite la commune à créer des services publics techniques, y compris pour «les espaces culturels relevant de son patrimoine». Le législateur a donc intégré la dimension culturelle, présente en quelques autres articles.

Cependant, il a ainsi entériné la mainmise des salles de cinéma par les communes quand, depuis des décennies, le constat, aussi évident que la présence d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, montre qu’elles sont incapables de les gérer et même de seulement les entretenir à de très rarissimes exceptions, comme l’APC d’Alger-Centre, qui vient d’ouvrir, bravo, un théâtre municipal dans l’ancienne salle du Casino.

Sinon, comme le Roxy de Belcourt, dont il ne reste plus, tel un décor de film, que la façade chancelante sur un jardin sauvage, tant d’autres exemples nous suggère une stratégie inconnue des manuels de management : celle du laisser-s’écrouler-pour-voir-après-comment-récupérer-et-rentabiliser.

Aussi, quand on a vu comment le conservatoire historique de musique d’Alger a été évacué en 2016, quand on entend le gouvernement demander aux maires (à raison) de prendre des initiatives et de s’engager dans l’investissement, on peut (à raison aussi) craindre que les biens culturels immobiliers soient les premiers sacrifiés, la crise aidant, détournés vers d’autres usages, comme c’est déjà le cas (dépôts, salles de fêtes privées…) ou pire encore, leurs terrains libérés une fois leurs ruines déblayées. C’est alors que le mot «FIN» apparaît sur l’écran noir.
 

Ameziane Ferhani
 
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