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Fronton : L’inachevé parfait

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le 03.03.18 | 12h00 Réagissez


Une consœur de la radio parlait avant-hier du «goût d’inachevé» que laissait la 16e Festival national du cinéma amazigh à Tizi Ouzou, au motif que le palmarès a été tronqué de l’Olivier d’or du long métrage. En effet, cette distinction, considérée comme la plus importante, n’a pas été attribuée. Le jury en a décidé ainsi et son président, Tahar Boukella, en a clairement expliqué les raisons.

Ce monsieur sait de quoi il parle. Passionné de cinéma, en tant que personne ; théoricien en tant qu’enseignant universitaire en audiovisuel et praticien en tant que scénariste, sans compter son passage à la tête du FDATIC, le fonds du cinéma algérien, il embrasse le domaine par bien des côtés.

En tout cas assez pour qu’on le croit quand il souligne «le manque de qualité des œuvres sélectionnées». Il est déjà arrivé, très rarement cependant, que des festivals dans notre pays aient pris la même décision. Sauf défaut de mémoire, cela a dû se produire deux ou trois fois au maximum et sans doute jamais de manière aussi affirmée.

Rappelant que des œuvres primées peuvent être amenées à représenter le cinéma algérien dans des festivals internationaux, Boukella a déclaré : «Aucun film ne mérite cette distinction. Nous ne pouvons cautionner des productions qui ne répondent pas aux critères universels d’un film digne de ce nom. J’ai le regret de vous annoncer que quelques productions sont des OVNI, des objets vidéo non identifiés.»

Pour ma part – bien que je comprenne ma consœur –, c’est plutôt un goût d’achevé que j’ai ressenti. Car à quoi peut bien servir un festival, sinon à évaluer la production d’une discipline ou d’un genre et à fixer des critères d’excellence, en tout cas de qualité ? La mission de promotion de tels rendez-vous ne peut occulter les notions de mérite et de talent.

Ce faisant, le jury du festival a donné de la crédibilité à la manifestation et a balisé le terrain de sa prochaine édition pour que la sélection des œuvres soit d’un niveau plus élevé. Maintenant, certains évoqueront les conditions médiocres d’exercice du septième art, des problèmes de formation, de financement, etc. D’accord, mais ce n’est pas le rôle d’un festival de les régler et il est temps de remettre les choses à leur place.

Cet épisode vient nous rappeler qu’il ne suffit pas de s’inscrire sous un label pour se revendiquer d’un art. On parle de cinéma amazigh par commodité de langage, car il s’agit à proprement parler d’un cinéma d’expression amazighe mais il doit être vraiment «du cinéma» selon les règles de cet art.

Il se passe la même chose pour les films sur notre histoire dont certains se prévalent de ses valeurs sans leur donner la façon qu’elles méritent. Respecter l’amazighité, le combat anticolonial du peuple algérien ou toute autre fondement et idée nécessite d’apprendre beaucoup, de réfléchir et de travailler autant. Il n’y a pas de respect du contenu dans l’irrespect de la forme. Cela est valable pour tout. A plus forte raison pour l’art !
 

Ameziane Ferhani
 
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