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Fronton : Grand écran, petit pont

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le 10.03.18 | 12h00 Réagissez


La semaine dernière, notre jeune et prometteur stagiaire, Youcef Oussama Bounab, s’est rendu à la salle Ibn Khaldoun pour chroniquer Black Panther, superproduction américaine arrivée à Alger une semaine après sa sortie aux USA. Il s’en est bien tiré pour une œuvre à pièges comme peuvent l’être ce genre de films, fascinants par le scénario, la mise en scène, la qualité technique et les effets spéciaux, mais bâtis sur des visions ambiguës, voire pernicieuses.

Mais là est toute la force des «blockbusters» d’Hollywood, terme issu de la Deuxième guerre mondiale où il désignait une bombe capable de détruire un bloc d’immeubles ! Je compare souvent ce genre de films aux tableaux de grands peintres orientalistes, admirablement réalisés mais porteurs des pires préjugés ethniques.

De fait, la séduction est bien une «arme fatale» de l’art. On peut aussi relever le talent du cinéma américain à assurer la digestion symbolique des culpabilités et traumas : le massacre des Indiens, l’esclavage massif, la guerre de Sécession, Hiroshima et Nagasaki, le Vietnam, le Watergate, l’Irak, etc. En cela, l’Oncle Sam a appris au monde qu’un écran pouvait devenir un divan pour catharsis collective. Un rôle que le cinéma algérien tente de jouer avec bien moins de moyens pour la décennie noire.

L’article de mon apprenti-confrère montre que, contrairement à ce qui se dit, les jeunes sont prêts à s’enfermer dans une salle de cinéma pour peu qu’on leur propose des films récents et attirants. Que ces derniers soient commerciaux n’est pas forcément négatif. Toutes les superproductions ne sont pas des navets. Et, après tout, les cinéphiles des générations précédentes ont commencé par des films à grand spectacle qui restent un bon moyen de découvrir le septième art.

Le film présenté par Youcef m’a bien sûr rappelé le Black Panther Party dont les leaders étaient exilés à Alger, alors qualifiée de «Mecque des révolutionnaires». Ainsi, en notre prime jeunesse, nous avions pu voir son leader, Eldridge Cleaver, traîner dans les rues de la ville avec Thimothy Leary, pape du psychédélisme et apôtre du LSD, avant qu’ils ne s’embrouillent.

Eldridge a mal tourné par la suite, dévoilant une incroyable versatilité. Rentré aux USA, après de légères peines, il aurait tenté de créer le «Christam», syncrétisme entre Christianisme et Islam, avant d’adhérer au Parti républicain et de soutenir la réélection du très conservateur Ronald Reagan. Il aurait aussi été membre de la secte Moon et serait ensuite devenu mormon ! Soit à des années-lumière de l’image que nous avions de lui dans mon quartier où il a habité un moment.

Son immeuble donnait sur un terrain vague qui servait de stade et l’exploit suprême était de l’inviter à dribbler un peu pour glisser le ballon entre ses longues jambes et ensuite, aller claironner partout : «J’ai fait un petit pont à l’ennemi public n°1 du FBI !» Bref, nous avions des joies peu coûteuses et quand même formidables.

Ameziane Ferhani
 
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