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Deux dont je dois parler

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le 20.01.18 | 12h00 Réagissez

Leurs noms ne diront rien à la plupart des gens. Ils n’étaient ni footballeurs, ni chanteurs, ni politiques. Ils ne pouvaient être illustres, car ils œuvraient dans des domaines négligés, voire ignorés, dans notre pays. Hamid Ougouadfel et Maâmar Khacheba.

Deux Algériens dans la cohorte de ceux qui ont récemment quitté ce monde. Deux avec qui j’ai eu l’honneur de partager des efforts et des espoirs, apprenant à les estimer avant de les aimer.

Maâmar est parti il y a près d’un mois. Je ne l’ai appris que tard, car, l’avez-vous remarqué, même pour un décès, on ne se donne plus la peine d’informer de vive voix.

«Comment ? Tu ne le savais pas ? C’était sur F…». Maudits soient ces réseaux dit "sociaux", qui brisent les liens sociaux ! En 1986, naissait le magazine mensuel Parcours maghrébins. J’en ai été le premier rédacteur en chef et Maâmar, le secrétaire général de rédaction.

Cet homme affable, discret, efficace, à la voix feutrée, exerçait ce grand métier, qui consiste à donner vie à un journal. Un métier invisible d’arrière-boutique, sans lequel pourtant les vitrines de l’information ne peuvent s’illuminer, même avec les plus étincelants journalistes. On se croisait parfois.

Il me rappelait notre aventure dont il avait gardé tous les numéros chez lui. Paix à ton âme, homme de bien.

Et paix à Hamid, qui nous a quittés la veille de Yennayer. Architecte-urbaniste, il a longtemps enseigné à l’EPAU. Je l’avais connu par un ami et, des années plus tard, sachant que j’avais étudié la sociologie urbaine, il m’avait intégré dans le jury de cette école, option urbanisme. Hamid Ougouadfel s’est battu autant qu’il le pouvait pour que cette discipline ait enfin sa place dans notre pays.

Il avait adressé notamment une lettre ouverte au président de la République (El Watan, 17/04/06), un texte remarquable, où l’impertinence croisait la déférence avec une écriture qui laissait transparaître son exercice quotidien de l’humour. On pouvait y lire : «Monsieur le Président, un million de logements, c'est l'équivalent de trois fois au moins la population d'Alger.

Or, la démarche conceptuelle, démarche dite programmative, nous achemine directement vers la production de Bachedjarrah et de Bab Ezzouar à grande échelle.» Lisez-donc ce texte édifiant, où il défend l’idée que la construction sans architecture, de même que l’architecture sans urbanisme, sont de véritables bombes à retardement et à fragmentation.

Dans les années 90, il avait créé une revue d’architecture et d’urbanisme, H.T.M, pour Habitat, Tradition et Modernité. Il fallait lire en fait : «h’chicha talba maïcha» (brin d’herbe ne demandant qu’à vivre), l’expression de tous les humbles d’Algérie dont il était fier de faire partie.

Hamid Ougouadfel et Maâmar Khacheba ne se connaissaient pas. Ils étaient les nobles artisans contrariés d’une Algérie merveilleuse qui ne l’est justement pas parce qu’on n’écoute pas le bruissement des brins d’herbe dans le vrombissement des prétentions et impostures.
 

Ameziane Ferhani
 
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