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Exposition : Mimoun Ayer à Maghnia

Art et fantasia

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le 07.04.18 | 12h00 Réagissez


Décidément, Maghnia continue de susciter notre intérêt et notre admiration avec son collectif de peintres et sa galerie et centre d’art, simplement nommés Riwaq El Fen, aménagés dans l’ancienne église de la ville grâce à la clairvoyance de la commune. Avec cette modeste mais très dynamique initiative, la cité de Lalla Maghnia, calée contre une frontière fermée, a prouvé en tout cas depuis des années qu’elle n’est pas une impasse artistique et culturelle.

Pour ce printemps, le groupe d’artistes, plutôt attaché aux expressions abstraites ou semi-figuratives, a fait place à l’un de ses confrères également voué au dessin réaliste. Il s’agit de Mimoun Ayer dont l’exposition intitulée «De poudre et de poussière» a suivi celle du MaMa (Musée national d’art moderne et contemporain d’Alger) qui a organisé une première édition du Salon du dessin sous le titre «Dessinez vos desseins» (27 janvier au 5 mars) avec une vingtaine d’artistes.

Après Maghnia, Mimoun Ayer s’apprête à entamer à partir de sa ville une exposition itinérante à travers le pays. Quelques escales sont déjà retenues et il attend d’autres confirmations pour annoncer son itinéraire qui devrait concerner les grandes régions géographiques du pays. Autodidacte, ce jeune et sympathique sexagénaire, né à Oujda au Maroc et qui a passé une longue carrière dans la finance et l’agronomie, entend profiter de sa retraite pour se consacrer pleinement à un art qu’il a toujours pratiqué dans la limite des horaires syndicaux et des obligations familiales.

Il s’était signalé jusque-là par quelques expositions collectives et individuelles dans un genre plutôt abstrait. Mais voilà qu’il dévoile ses batteries académiques et sa passion, de même que sa maîtrise du dessin. Autre caractéristique : ce débonnaire personnage, apprécié de ses confrères artistes et, dit-on de toute la ville de Maghnia, manie autant la plume que le pinceau et il adore écrire de petits textes où sa connaissance amusée de l’argot semble indiquer un grand amateur de romans policiers.

Dans la préface du catalogue, l’artiste Mostefa Nedjaï, qui le connaît depuis de nombreuses années, en donne un portrait étonnant et à la mesure du personnage : «Comment qualifier cet esthète qui fait les choses avec sérieux, mais qui ne se prend pas au sérieux et qui parle de lui à la troisième personne : ‘Cet éclectique, chez qui se confondent plume et pinceau, ne s’embarrasse pas de courants.

Il est plus teinturier que peintre, et plus goual qu’écrivain ?’ Ayer est-il ailleurs ? Non, Mimoun est dans son monde propre, libre de toute contrainte et sans nulle prétention. Il écrit et peint par nécessité. Il ne peut envisager le monde sans un imaginaire créatif. Que serait le monde, que serait la vie sans le pouvoir de l’imagination ?

Mimoun sait pertinemment que, bien plus que d’être le seul apanage des rêveurs, l’imagination est le vrai moteur de la créativité et des accomplissements humains. Nul besoin pour lui de s’inscrire dans une démarche, ou de s’en démarquer ? D’adopter une attitude face aux turbulences, aux tendances effrénées prescrites par la mode ? D’affronter les métamorphoses récentes de l’art contemporain ?»

En effet, Mimoun Ayer ne se préoccupe pas du tout des catégorisations et il semble trouver dans le dessin réaliste, peut-être plus que dans la peinture, un exutoire à la fois simple et complet, capable d’exprimer à la fois son sens de l’observation, sa maîtrise technique et son attachement aux belles choses de la vie. Comme le suggère Nedjaï, personne n’est obligé de s’inscrire dans une école ou un style donné et la pratique de l’art peut se suffire de la joie de dessiner, à condition de bien le faire si l’on a l’intention de montrer ses œuvres en public. De ce point de vue, Mimoun Ayer répond entièrement à ces critères.

Comme le titre de l’exposition en fait l’allusion de manière poétique, «De poudre et de poussière» renvoie à l’univers de la fantasia qui passionne notre homme. La cavalcade des chevaux, le baroud des fusils, la vitesse, l’allégresse, le décor, les costumes, les accessoires ainsi que toute l’atmosphère qui accompagne cet exercice social et culturel, encore vivant dans nos campagnes, permet à l’artiste d’exprimer tout son attachement à des valeurs ancestrales.

Il lui permet aussi de travailler une gamme étendue de situations (mouvement, arrêt, pause), de sujets (les cavaliers, leurs montures), de couleurs aussi. Il arrive même à donner l’impression d’opacité que produit le nuage de poussières au passage des formations équestres sur des terres souvent semi-arides ou sablonneuses, typiques des Hauts-Plateaux où la fantasia demeure encore assez largement pratiquée.

Ses «instantanés» d’une discipline coutumière s’intéressent aussi à ce qui l’entoure, soit la fête (ou el mouassem) sans laquelle aucune fantasia n’aurait de raison d’être. Avec son dessin du vieux paysan dansant, Mimoun Ayer offre un véritable hymne aux traditions festives de notre peuple où la joie règne dans un esprit de convivialité, de solidarité et de générosité, de décontraction aussi, bien loin des bigoteries étriquées que certains veulent imposer. C’est aussi une belle performance artistique par la qualité du trait, la pertinence des détails l’équilibre entre mouvement et immobilité…

On sent cependant que Mimoun Ayer peut s’affirmer davantage et peut-être solliciter encore plus son art, notamment en y mêlant son imaginaire qui transparaît plus dans ses écrits.  C’est peut-être ce que Mostefa Nedjaï a voulu lui dire en conclusion à la préface du catalogue d’une manière subtile, avisée et fraternelle : «Dans ‘De poudre et de poussière’, Mimoun, tel un ethnologue, explore le terroir pour y dénicher le patrimoine sous tous ses aspects.

De l’humain à son costume, de ses us et coutumes, jusqu’à ses joies et ses douleurs. Ses œuvres sont plus qu’une peinture ; c’est une étude documentaire, bien détaillée, réaliste et techniquement bien aboutie.(…) Ses possibilités sont loin d’être exhaustives. Peut- être qu’il est temps pour lui de se prendre réellement au sérieux, car le talent est là.» Et il est certain que l’on peut se prendre au sérieux sans se prendre au sérieux !
 

Slimane Brada
 
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