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Vu à la télé : Ouyahia au milieu du gué

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le 11.01.18 | 12h00 Réagissez


Quand il a été rappelé précipitamment aux affaires, une personnalité frayant dans les méandres du sérail nous a dit à propos d’Ouhayia : «Ils l’ont remis sur scène pour mieux l’abattre et annihiler son ambition présidentielle». A voir les tirs croisés qui sont dirigés contre lui, venant parfois de son propre camp, on ne peut qu’accorder du crédit à cette profession de foi qui prend l’allure d’une conviction sentencieuse, avant même que les affrontements pour la succession de Bouteflika qui s’annoncent impitoyables ne soient engagés.

C’est une lecture loin d’être simpliste que les analystes politiques n’ont pas manqué de faire et qui pourrait effectivement signifier la mise en place d’un «piège» diabolique que le Premier ministre serait en train de découvrir dans le feu de l’action.

Comment, dès lors, interpréter la conjonction d’attaques nourries qui lui sont adressées sous forme de signaux d’alerte si ce n’est pour lui faire comprendre qu’au niveau des cercles des décideurs sa candidature, si jamais il irait au bout de ses prétentions, a d’ores et déjà peu de chance de faire l’unanimité.

Même si l’inamovible serviteur de l’Etat et néanmoins préposé aux sales besognes conserve encore dans les travées du régime des inconditionnels qui continuent de faire la promotion de son image, de vendre en quelque sorte une carte de visite élogieuse selon laquelle il serait l’incontournable homme de la situation…au cas, bien entendu, où l’actuel Président s’abstiendrait de se succéder à lui-même.

Pour l’affaiblir devant une opinion publique qui ne le porte pas tellement dans son cœur, et qui en tous cas ne lui fait pas confiance en raison de ses contorsions politiciennes et populistes, ses détracteurs ont choisi de frapper là où ça lui fait le plus de mal : sa démarche gouvernementale avec laquelle il espérait un consensus national mais qui, aux yeux de ses adversaires, ne serait qu’un leurre dangereux pour la relance économique et sociale du pays.

Paradoxalement, c’est l’ancien ministre de l’Energie, dont le nom reste à jamais associé aux scandales de Sonatrach, qui s’avère le plus virulent dans cette entreprise de démolition du Premier ministre en critiquant ouvertement le recours à la planche à billets qui va encore appauvrir la population la plus fragile, et aussi les mauvais choix économiques effectués, surtout pour l’industrie automobile où la politique du «copinage» au profit d’une certaine oligarchie n’est plus un secret pour personne.

Chakib Khelil, que certains lobbies médiatiques et autres font passer comme un proche du clan présidentiel et auquel on prête une place confortable dans la «matrice» pourvoyeuse des postulants ayant la bénédiction pour s’engager dans l’aventure présidentielle, joue ici un coup double en déclarant la guerre à Ouyahia.

D’une part, il saisit cette opportunité de la «dénonciation citoyenne» à travers son blog pour faire oublier ses déboires avec la justice et donc se réinsérer subrepticement dans la vie politique, et, d’autre part, pour affirmer une présence qui compte dans le jeu électoral où il ferait mieux qu’un sparring-partner. Cet homme qui a déjà tenté un retour forcé par les zaouïas sans parvenir à redorer un blason fortement terni par des démêlés judiciaires non encore réglés n’est cependant lui aussi pas crédible pour une mission aussi délicate.

Il a perdu énormément de sa notoriété auprès de l’opinion, et d’aucuns se demandent s’il nourrit une volonté personnelle pour se réhabiliter sans être sûr d’y parvenir compte tenu de tous les soupçons qui pèsent sur lui, ou s’il exécute une feuille de route pour éliminer les acteurs encombrants comme Ouyahia. Dans ce rôle de parasitage, il n’est pas seul. Le patron du FLN, en effet, s’est joint à la curée pour éloigner ce dernier le plus possible du champ de bataille. Lui aussi s’en prend à ses prises de décision qui seraient à l’avantage des puissances d’argent et non à celui des masses laborieuses.

Autrement dit, le Premier ministre, en voulant ouvrir les entreprises publiques au capital privé, est directement impliqué dans une démarche qui va à l’encontre des intérêts des travailleurs, avec l’appui sans vergogne du premier responsable de la centrale syndicale UGTA. Ould Abbès ne se gêne plus pour montrer que son parti, qui a avalisé jusque-là toutes les mesures impopulaires prises au nom de l’Etat, reste curieusement vigilant pour la défense du service public.

Cette passe d’armes prêterait à rire si derrière il n’y avait pas une pensée maléfique pour réduire à néant l’ambition d’un antagoniste qui n’est pas prêt encore à lâcher prise. Mais Ouyahia sait que les banderilles de Chakib Khelil ou de Ould Abbès ne sont pas celles qu’il craint le plus, même si elles visent le même objectif et reçoivent la même consigne. Il a encaissé le rétropédalage à propos de la liste des concessionnaires automobiles et celle des produits de consommation interdits à l’importation. Il a reculé à propos de l’impôt sur la fortune.

Il est resté coi devant la récente humiliation subie par le corps médical violemment matraqué par les forces de l’ordre lors d’une manifestation pacifique, alors que des têtes devaient obligatoirement tomber. Acculé de toutes parts, il ne savait pas que le coup fatal viendrait encore de plus haut. En décrétant Yennayer fête nationale, Bouteflika a donné le coup de grâce qui fait perdre le sens de l’orientation.

Avant cette décision jugée historique et qui a donné lieu à toute une agitation de la part des cercles courtisans pour amplifier la grandeur du geste, alors que jusque-là la célébration de cette date restait discrète dans les milieux officiels, Ouyahia avait eu la maladresse de stigmatiser les porteurs de cette journée à forte symbolique identitaire, les traitant de vulgaires manipulateurs. Il y a comme ça des élans démagogiques qui se payent cash.

Le Premier ministre le sait maintenant qu’il se trouve au milieu du guet avec aux alentours plein d’ennemis prêts à charger pour l’éliminer de la course. Il a cependant une carapace qui résiste aux coups les plus durs. Il a l’habitude de retomber sur ses pieds. Tout dépendra des soutiens qui lui resteront fidèles et qui auront leur mot à dire le moment venu.

Dont celui déterminant de l’institution militaire qui, au-delà de toutes les supputations qu’on peut imaginer autour de la perspective de la prochaine présidentielle, demeure la clé de l’énigme. Un postulant sans l’assentiment de l’armée n’a aucune chance de passer. Cette devise est indéboulonnable. Tous les avis se rejoignent pour dire qu’elle sévira encore… sauf si notre Zaïm aura la force de se représenter.

Abderezak Merad
 
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