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«Alger mon humour» à l’Opéra d’Alger

Nawel Madani, c’était «show» et émouvant

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le 13.01.18 | 12h00 Réagissez

 
	Une entrée sur scène tonitruante et très «raï» de Nawel Madani
Une entrée sur scène tonitruante et très...

Les admirateurs de l’humoriste, comédienne et réalisatrice Nawel Madani en ont eu pour leur argent (3000 DA), jeudi soir, à l’Opéra d’Alger. Et pour cause. La stand-upper belgo-algérienne a étrenné la première édition de «Alger mon humour» à travers un show de… 3 heures.

Déjà la fébrilité était dans l’air, quand 7000 tickets des quatre dates de spectacles ont été vendus en 72 heures, un record. Et puis un autre, en offrant ses représentations baptisées «Nawel Madani et ses invités». Une belle initiative à saluer tout bas de Keral Productions, le producteur, Farid Benlagha (Stromae, Diam’s, David Guetta), en partenariat avec l’Office national des droits d’auteur (ONDA), le Sheraton Alger, la compagnie aérienne Aigle Azur, et bien sûr, avec Nawel, intervenant à tous les étages, pour ne pas dire les étapes, de cet événement.

L’on est venu très tôt à l’Opéra d’Alger Boualem Bessaïeh, à Ouled Fayet, on a fait le pied de grue et nous nous sommes bousculés au portillon. En 10 minutes, la salle était pleine à craquer.

Les places étaient devenues chères. Certains ont suivi le spectacle debout. C’est dire la frénésie que suscite cette fille de 34 ans originaire d’Oran, qui n’a pas sa langue dans sa poche. Une langue très vivante, que les jeunes en particulier apprécient. Un langage frais, sans tabou ni façon, juvénile et surtout déjanté.

Sur un air raï ancien, Raba Raba

Nawel Madani, en guise d’introduction, fera une entrée tonitruante, annonçant la couleur d’un grand show. Au passage, Nawel Madani est venue avec une équipe de 56 personnes, des techniciens, ingénieurs du son, cameramen, cadreurs, DJs, musiciens et des danseurs locaux, d’Alger…

Une smala, quoi. Il faut souligner que Nawel n’a reçu aucun «kopek» sur les quatre spectacles. C’est la billetterie qui couvre toute cette logistique. Et en prime, elle voulait produire, offrir un spectacle de qualité, dans les normes professionnelles. Car, c’était son tout premier show, non pas en vedette «américaine» (en ouverture), mais en tant que vedette algérienne.

Chez elle, à la bonne franquette, entre familles. Et ça, elle y tenait énormément. Une chorégraphie hip-hop et funk, couverte par du James Brown, est «interrompue» par l’apparition de Nawel Madani. Telle une souveraine. Veste karakou (traditionnelle, broderie, soutaches…) rouge et noir et pantalon hispanique. Une «torera» entre en scène. Sur un air de raï ancien, Raba Raba, de l’un des précurseurs de ce style musical, le grand Boutaïba Seghir.

Les youyous fusent. L’on ovationne son «homecoming» (retour au bercail). «Je suis très heureuse d’être là ce soir…», rend-elle la pareille au public. Nawel Madani est l’hôtesse de «Alger, mon humour». En fait, c’est elle qui reçoit. C’est elle qui régale. En grande sœur, en sister soul - dont acte -, elle présentera ses guest-stars. Des gens qu’elle affectionne. Et ce, en alternance. Avec respect, humilité et modestie.

Des amis qui vous veulent du bien

Des stand-uppers au talent avéré, comme Chouchou, de Sidi Bel Abbès, et ses histoires d’austérité (taqachouf), Samia et ses accents marocain, malien, tunisien, algérien, ou encore Redouane Bouguerabi, de la planète «Marseille». Son Nawel Comedy Club, par opposition à celui du Jamel Debouze.

La performance de Nawel est époustouflante. Car elle occupe, s’incruste dans la place. Elle discute, interpelle, raille, persifle, se confie, surprend, fait des pieds de nez et taquine le public. Qui aime bien châtie bien. Mais avec Nawel, on ne peut que s’éclater. Elle décoince, déride les zygomatiques, fait se dilater la rate et se fendre la poire.

Elle est simplement irrésistible. Elle ne fait pas dans la dentelle. Quoi- que... Dans ses sketchs, elle raconte, entre accent oranais et «frenchy», que sa mère l’affublait, non pas de noms d’oiseaux, mais de tout un bestiaire nominal : «aoud (cheval), lafaâ (serpent), kelba (chienne).

«Je croyais qu'à moi toute seule j’étais 30 millions d’amis». Des non-sens et autres situations antinomiques. La découverte, en Algérie, que le business de la lingerie fine est détenu par les «frérots» (islamistes). Elle dévoile l’hypocrisie des «Wonder women». Des euphémismes utilisés pour appeler les dessous chic.

«Malabis dakhilia». «Bonjour, mon frère, vous avez un slip halal (vs haram) ?». Là, c’est Parental Advisory (Avertissement parental) comme dans les lyrics du rap. Du genre NTM. Pour les initiés. Le legging (caleçon moulant) économique est «algérien». «C’était un bas qui est devenu un jogging, puis un pyjama». Le trajet sur l’autoroute Oran-Alger de cinq personnes à bord d’un véhicule ayant pris de la loubia (haricots). «La loubia et ce voyage hermétique de ma famille, c’est l’Orchestre national de Barbès (du gros son)».

A propos du Ramadhan, elle trouvera ceci : «Le Ramadhan, c’est le mois où tous les Arabes-musulmans sont à l’heure.» La drague à Oran, «Moulat dar (L’esprit de la maison)», la virginité, la circoncision, l’hôtesse de l’air ayant «pété un plomb», la fierté mal placée… sont autant de situations ubuesques où Nawel n’y va pas avec le dos de la cuillère.

Brahim Zaibat, Guest-star

Nawel Madani montrera que ses premières amours, c’est la danse, le hip-hop, le funk, Tamla Motown et ses monstres sacrés, The Temptations, Diana Ross, The Four Tops, et bien sûr Michael Jackson, son idole. Elle lui rendra hommage à travers un medley, en esquissant son fameux pas de danse défiant la gravité, le «moonwalk».

Dans sa chorégraphie autobiographique, un grand danseur (chorégraphe), Brahim Zaibat, champion du monde de breakdance et ex-petit ami de Madonna - à titre d'information - interviendra. Il était son invité spécial. Il incarnait la danse par excellence et de manière allégorique, dans sa narration de son parcours étant passé par le Jamel Comedy Club. Elle était heureuse de voir certaines femmes ayant fait le brushing et tout et tout…

Pour venir la voir. Mais à la fin de son spectacle, Nawel Madani a fondu en larmes, de chaudes larmes, quand le public a scandé sans cesse son prénom : «Nawel ! Nawel ! Nawel !». Un moment de vive émotion. En fait, derrière cette carapace, une personne très sensible, humaine et humaniste habite Nawel : «Je vais vous faire une confidence. Je vais jouer quatre fois pendant ces trois jours.

Et je ne suis pas payée pour ces prestations. J’ai tenu à ce que le spectacle soit de même qualité qu’en France. Et pour que cette captation existe, c’est grâce à la billetterie. Donc, c’est grâce à vous. Merci ! Cela me tenait trop à cœur de venir jouer chez moi. Dans la ville de mes parents. Cela fait trois ans que je me bats pour que ça existe. C’est spécial de jouer à domicile, en présence de ma mère, de mon père spirituel, Mohamed Yekhlef…

Je voudrais monter une académie de théâtre et de danse. Pour donner la possibilité à tous ces jeunes qui veulent jouer, danser, vivre… Merci, A bientôt incha Allah !» confiera-t-elle. Nawel Madani, hormis son côté désopilant, cocasse et hilarant, est une artiste vraie jusqu’au bout des ongles. Et sous le vernis, elle est profondément algérienne. Et c’est la plus belle et rebelle.

K. Smail
 
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