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Maison de la culture de Béjaïa

Inasliyen pour fêter Yennayer

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le 11.01.18 | 12h00 Réagissez

La Maison de la culture de Béjaïa a eu la très bonne idée de programmer le groupe Inasliyen pour ce vendredi  12  janvier  à 17h, à l’occasion de Yennayer, désormais journée chômée, payée et chantée.

Une occasion pour le grand public de découvrir, ou redécouvrir, ce groupe mythique, pionnier de la musique moderne kabyle de bonne qualité. «Nous avons travaillé trois ans pour monter le spectacle que nous allons donner ce vendredi», précise Ravah, qui s’est entouré de jeunes musiciens. Un retour sur scène, mais aussi à la composition puisque le groupe enregistre en studio en ce moment son prochain album, même si, au fond, Ravah, le fondateur et chanteur du groupe, avoue qu’il ne s’est jamais réellement arrêté depuis près de 50 ans.

En effet, c’est à la fin des années 60’, à El Biar, quartier situé sur les hauteurs d’Alger, que naît le premier embryon du groupe Inasliyen autour de Ravah Hammouche et de ses neveux. Originaire d’El Kseur, la famille Hammouche baigne dans une culture musicale familiale faite de guitares et de tourne-disques.

C’est donc tout naturellement que le groupe se forme autour de cousins, frères et neveux, qui se répartissent les tâches et les instruments. Ravah fait surtout du chaâbi, mais, de plus en plus séduit par la musique moderne, il compose sa première chanson, Thagmats, sur le texte d’un neveu, Idir Madjid. Inasliyen participe à un concours de musique au cinéma Le Rex, à El Biar, et obtient le premier prix.

Encouragé par ce premier succès, le groupe se lance définitivement. Après Thagmats, d’autres compositions suivent, et en 1970, le groupe effectue enfin son premier enregistrement au studio Oasis, ce label qui a également produit Idir et beaucoup d’autres. Il s’agit de deux chansons, Idurar, et Thagmats, qui sont aussitôt déposées à la radio. En 1972, d’autres compositions voient le jour.

Le groupe fait un passage chez Mohamed Belhanifi et son incontournable «Ighenayen uzekka». En 1979, Inasliyen enregistre à la salle El Mougar, sur un Nagra, mais la bande n’est toujours pas commercialisée. «Nous sommes le groupe qui a fait le plus de places publiques à Alger entre 1985 et 1986. On allait volontiers vers le public, mais au début c’était assez difficile d’imposer notre style», se souvient Ravah.

En 1979, Inasliyen est le premier groupe kabyle à se produire au TRC (Théâtre régional de Constantine) mais il faudra attendre 1983 pour qu’arrive sur le marché le fameux album Tafsut U Mazigh, enregistré dans un petit studio en France et payé avec l’argent des premiers spectacles. «Le propriétaire du studio nous a fait un prix parce que notre musique lui plaisait bien», se rappelle Ravah.

Lorsque l’album sort en Algérie, il fait un véritable tabac. Inasliyen a produit un son et un style nouveaux. Sa musique s’inspire des mélodies du terroir, mais les arrangements sont audacieux et le mandole de Raveh apporte une touche originale. Guitares, piano, hautbois, mandole, le groupe innove dans le domaine du son et produit un son propre à lui.

Servi par d’excellents musiciens, le groupe introduit également la polyphonie. «Je crois que c’est la beauté des mélodies bien harmonisées, le chant et puis le mandole de 12 cordes de Ravah qui ont donné ce cachet spécial», dit Kamel Mohamed, guitariste et membre du groupe actuel. Dès ses premières compositions, Inasliyen s’est imposé comme l’un des portes flambeaux de la revendication identitaire berbère. Tout au long de sa carrière, le groupe restera fidèle à cet engagement.

En 1986, l’Algérie fait venir de grandes stars de la chanson pour la grande Fête de la jeunesse qu’elle organise. Graeme Allwright, le chanteur engagé qui s’est fait connaître par la reprise de certains standards de la country américaine, de Dylan et de Leonard Cohen, fait partie du lot. Fidèle à ses principes, Allwright a demandé à ne pas être payé. En revanche, il veut rester un peu plus en Algérie et s’imprégner de la musique populaire algérienne.

C’est un groupe algérois qui est chargé de l’accompagner. Au bout de quelques jours, la collaboration entre le chanteur et le groupe s’arrête faute d’avoir les mêmes atomes crochus. Un groupe de hard rock est désigné pour remplacer le premier désigné, mais Allwright ne trouve toujours pas son compte. Mourad, chanteur du groupe Inasliyen, qui activait à l’époque dans le comité des fêtes, le contacte et lui présente les musiciens de son groupe. Le courant passe bien entre les deux.

Cette fois-ci Graeme Allwright a trouvé chaussure à son pied. Inasliyen passe en première partie du spectacle, avant de revenir accompagner le célèbre troubadour en deuxième partie. La Télévision algérienne, bien sûr, ne montre que la deuxième partie. A ce propos, d’ailleurs, Ravah est éloquent : «On a souvent été filmés mais jamais montrés à la télé.» Même le clip monté par Aziz Smati sur Issiakhem n’a pas trouvé grâce aux yeux de la Télévision algérienne. Issiakhem, est pourtant une personnalité culturelle qu’on ne peut soupçonner de subversion politique.

En 1992, le groupe enregistre Issiakhem, avec le producteur et musicien bien connu Saâd Kazem, mais, longtemps attendu par les fans, l’album ne sera jamais commercialisé. Des titres cultes comme Tilufa et Idurar, cinquante années de carrière et jamais un passage à la télévision. C’est pour ça qu’il faut aller écouter Inasliyen. C’est aussi parce que c’est de la très bonne musique. 

Djamel Alilat
 
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