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Question amazighe, on refait tout Messieurs/Dames !

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le 14.04.18 | 12h00 Réagissez

Si le MCB historique était encore là, avec ses débats clarificateurs, il appellerait à célébrer le 20 Avril de cette année avec la détermination et la mobilisation de l’énergie du désespoir mais dans la plus grande tristesse.

Dans l’euphorie d’effets d’annonce, savamment orchestrés autour d’une certaine officialité constitutionnelle de la langue et de la généralisation de son enseignement à 38 wilayas, dont déjà Djelfa et Annaba, en attendant, tout prochainement, nous dit Mme Benghabrit, les 1541 communes, y compris El Oued et M’sila, nous nous sommes laissé surprendre par un immense jet de filets digne des chalutiers-usines de la grande pêche industrielle.

Depuis 2016, on nous a particulièrement inhibé la conscience, surtout avec la mesure phare de l’officialisation de la fête de Yennayer. Et je me surprends, aujourd’hui, à lancer un véritable SOS pour refaire tout autrement avant qu’il ne soit trop tard.

Ce n’est point là un quelconque nihilisme. Les idées stratégiques du MCB ont avancé dans les opinions nationale et internationale, citoyenne et institutionnelle. Le sous-continent amazigh, ou Tamazgha, commence à retrouver sérieusement le nord de l’Afrique, surtout après que le Maroc a été conquis par le mouvement amazigh.

Les acquis et avancées sont considérables. Notre cause les a arrachés par un combat au long cours, jalonné, depuis la crise dite berbériste du PPA-MTLD en 1949, puis particulièrement en Avril 80, de sacrifices énormes, de souffrances, de prisons et même de sang, payés principalement par la région de Kabylie. C’est d’ailleurs là une autre raison pour prévenir et éviter de retomber dans les méandres d’antan et de payer d’autres tributs que l’Algérie a tout intérêt à épargner à ses enfants.

Rappel de notre point de départ

Notre cause est, pour rappel, partie, depuis les années soixante, de la revendication de la reconnaissance des identité, culture et langue amazighes. A cette époque, l’Etat national de tous les Algériens s’engageait, corps et âme, dans une politique officiellement appelée «arabisation», pour nous restituer une identité «arabe» proclamée avoir toujours été la nôtre, comme dans la fable de «nos ancêtres les Gaulois».

A Yakouren, en 1980, puis à Tizi Ouzou, en 1989, nous exigions l’enseignement de la langue amazigh et sa constitutionnalisation-institutionnalisation par un statut de langue nationale et officielle, en arguant qu’elle était la langue maternelle d’une partie des Algériens. Nous soulignions bien sûr qu’elle est, depuis la plus haute Antiquité, la langue autochtone de tout le sous-continent nord-africain.

Sans jamais prétendre à lui faire remplacer aucune langue parmi celles qui se sont installées après elle dans notre paysage linguistique. Mais, voici qu’aujourd’hui, l’Etat négateur d’hier prétend  s’engager, au nom de la légitimité de notre revendication et en notre nom bien malgré nous, dans un processus de généralisation de notre langue maternelle à des compatriotes dont la langue maternelle est autre. Qu’on en juge :

Entre pertinence et errance, bribes de politique linguistique

Depuis 1962, l’absence d’une politique linguistique institutionnelle consensuelle handicapait le projet national dans toutes ses dimensions, culturelle, scientifique, économique, politique et idéologique. Cette situation a couvert la monstruosité totalitaire du déni d’Etat opposé à la berbérophonie. Elle a même gravement nui à la langue arabe.

L’entreprise d’implémentation d’une langue arabe tirée du texte coranique et étrangère aux locuteurs arabophones eux-mêmes, a été conduite sous les oripeaux idéologiques d’une mythique nation arabe, loin de toute réflexion humblement rationnelle quant à la nécessité de maîtriser puis produire la science et le développement économique dans une société qui a raté des siècles de civilisation humaine, scientifique et technique.

Entachée d’incompétence structurelle et arc-boutée sur de bas soucis de pouvoir, les péripéties algéro-moyen orientales de l’enseignement de et dans l’arabe liturgique obligatoire et généralisé ne peuvent prétendre à la noblesse d’une politique linguistique proprement dite. Aujourd’hui, grâce à la langue amazighe, commencent à poindre des bribes de politique linguistique où l’incompétence et la manœuvre sournoise et hostile disputent les maigres rais de lumière projetés comme par miracle.

Un respect intéressant de la structure du champ linguistique amazigh

Etrangement, depuis la constitutionnalisation du statut national de tamazight dans toutes ses variantes, il se dessine des bribes de politique linguistique à la fois intéressantes pour certaines et inquiétantes pour d’autres, telles que l’on peut en démêler l’écheveau à travers le dispositif juridique qui émerge.

La problématique d’une langue amazighe unique possédant des variantes régionales projetée dans les révisions constitutionnelles de 2002 et 2016 est une conception saine car elle colle à la réalité du terrain. Elle présuppose une démarche de planification et d’aménagement linguistique démocratique, en ce sens qu’elle évite d’imposer une variante contre les autres. Elle préserve également toutes ses chances à la réunification de la langue amazighe dans la durée.

Sur ce chapitre, nous pouvons juste dire qu’il est dommage que le droit mis en place n’ait pas pris également acte de la nature transnationale de la langue amazigh pour jeter les fondements d’une coopération des Etats nord-africains et sahélo-sahariens sur la question. Il faudra bien le consacrer lorsque le pouvoir constituant sera confié à des plumes plus intelligentes, plus apaisantes et moins manœuvrières.

Notre inquiétude réelle

L’autre aspect qui transparaît du balbutiement officiel unilatéral qui sert de politique linguistique n’annonce pas un ciel dégagé devant l’entreprise institutionnelle de réhabilitation-promotion de la langue amazighe. Au moment où on attendait de voir s’ébaucher un débat public nécessaire sur la nature et le comment de l’officialité même mitigée consacrée dans la Constitution en 2016, ou émerger les premiers jalons de la mise en œuvre de cette officialité, la ministre de l’Education nationale proclame, dans la foulée des effervescences émotionnelles contradictoires, la volonté de généraliser l’enseignement du tamazight aux 1541 communes des 48 wilayas.

D’emblée, l’option pour un bilinguisme des deux langues nationales généralisé aux amazighophones et arabophones sans distinction, nous est balancé à la figure, sans même la nommer comme telle. Personne ne nous a expliqué de quel programme ou orientation politique institutionnelle cette initiative est l’expression. J’en arrive même à me demander est-ce que le Président est au courant de cette affaire.

Signalons tout de même que Mme Benghabrit, à la tête du département de l’éducation nationale depuis 2014, n’a démarré cette
«opération» que depuis 2016, juste après la révision constitutionnelle. Soulignons aussi que cette révision, plus verbeuse que juridique, visait surtout à voiler et perdurer l’impasse du régime en occupant ses divers clans tout en calmant l’impatience citoyenne par un semblant de mouvement dans un statu quo sclérotique. Une diversion parmi d’autres, cachée à l’ombre d’un semblant de règlement de la question berbère.

C’est dans ce contexte donc qu’est déclarée l’opération de généralisation de la langue maternelle d’une partie du peuple algérien (et nord-africain) à une seconde partie dont la langue maternelle est autre. Soulignons que cette extension proclamée est, au plan légal, toujours tributaire de la demande sociale, ce qui accentue notre questionnement sur l’utilité, voire la légalité et les motivations réelles, de l’opération très médiatisée à coup de lectures statistiques orientées sur 38 wilayas, dont l’école aurait déjà accueilli tamazight.

Bien que nous abhorrions les diversions de laboratoire de type agitprop, nous espérons sincèrement que l’extension aux arabophones de l’enseignement de masse du tamazight ne soit qu’une simple diversion médiatique de propagande destinée à mettre du mouvement dans le statu quo coagulé en vigueur. 

Pour l’heure et à notre connaissance, sur le terrain, loin des fantasmes statistiques officiels, l’enseignement ne brasse pas -tant mieux- des nuées d’arabophones, ne serait-ce qu’à cause du manque cruel de postes budgétaires qu’on gagnerait à préserver et multiplier pour les zones berbérophones.

Impertinence et inefficience d’une généralisation annoncée

Indépendamment de l’étendue totale, territoriale et citoyenne, que les pouvoirs publics peuvent, dans le siècle prochain, réserver à l’enseignement de la langue amazighe, si elle venait -miracle de notre développement scientifique- à acquérir un rang de langue internationale de travail et de communication moderne, il est primordial qu’ils le limitent, pour les longues années prochaines, aux seuls Algériens amazighophones pour différentes raisons dont :

* la langue amazigh est une langue maternelle des seuls amazighophones algériens et nord- africains, autrement dit elle n’est pas du tout la langue maternelle des citoyens arabophones qui ont le droit de n’avoir rien à en cirer

* la langue amazigh, qui souffre «d’une blessure antérieure à la présence romaine» (dixit Lounas Matoub) est loin du standard de la langue de travail pour prétendre à son usage hors de son contexte social.

* Si la préoccupation est identitaire, la masse des arabophones algériens n’a pas besoin de maîtriser le tamazight pour faire admettre leur amazighité ethnique, encore moins leurs droits inaliénables et historiques au sol national et à l’Etat national ; 

* Il est vital d’épargner à l’œuvre de réhabilitation-promotion d’une langue qui n’a jamais auparavant connu de vie institutionnelle véritable, des polémiques et manœuvres sociopolitiques de nature à ébranler le consensus national acquis pour les droits linguistiques des amaziphones :

* éviter de renouveler, à l’envers, la triste et traumatisante entreprise dite d’arabisation pour ne pas infliger l’issue qui a été la sienne à une langue très fragilisée qu’il s’agit de tirer de la néantisation ;

* les militants amazighophones n’ont jamais revendiqué de berbériser les citoyens arabophones ;

* l’Algérie aborde la solution d’une question très sensible pour sa cohésion sociale, outre qu’elle concerne un domaine trop complexe dans lequel il y a très peu de compétences stratégiques. La sérénité et la raison froide doivent être les maîtres mots d’une volonté politique franche et ferme dans l’œuvre de réhabilitation-promotion du tamazight ;

*au stade de l’expérimentation qui est le nôtre, il est beaucoup plus facile et moins coûteux de rattraper les erreurs inévitables et d’opérer les réajustements nécessaires sur des apprenants dont le tamazight est déjà la langue maternelle

* l’Algérie est loin de posséder, pour les seuls territoires berbérophones, les moyens humains nécessaires à l’encadrement d’un enseignement de la langue amazighe généralisé à tous les cycles et toutes les classes. Disperser des moyens rares en cette étape ne fera que retarder davantage une opération de sauvetage d’une langue amazighe menacée de disparition dans toutes ses variantes
Questions lancinantes sur une généralisation irréaliste

Les questionnements et les craintes politiques que suscite l’option officielle déclarée de généraliser le tamazight à nos concitoyens arabophones sont légitimes et relèvent du sain débat démocratique. Tant que le président, le gouvernement et le parlement n’ont pas revendiqué publiquement cette politique de bilinguisme des langues nationales, nos craintes peuvent, bien sûr, s’avérer bénignes mais, dans un domaine aussi sensible et fragile, nous préférons en faire part publiquement, avant qu’il ne soit trop tard pour nous éviter des combats et des blessures inutiles.

Evidemment, nous ne prétendons pas à faire interdire à tout arabophone qui le désire, sur la base d’un choix individuel et personnel, l’accès à la maîtrise et à l’usage du tamazight. La langue amazighe n’est ni un secret d’Etat ni un droit réservé aux seuls concitoyens dont elle est langue maternelle. Ce que nous refusons et remettons en cause, c’est cette prétention des pouvoirs publics à en généraliser l’enseignement de masse à des citoyens qui n’en sont pas locuteurs.

Ceci souligné, nous ne pouvons nous empêcher de penser que l’annonce de la généralisation abusive du tamazight aux concitoyens arabophones semble compter sur un phénomène de rejet inévitable pour mieux justifier ultérieurement un revirement des pouvoirs publics contre les droits linguistiques amaziphones, sous prétexte que des citoyens -légitimement non concernés- refusent cet enseignement. C’est comme si on ouvrait  le capital social d’une société par actions, à de nouveaux actionnaires du tout-venant, pour mieux en paralyser le fonctionnement.

La formulation mitigée et douteuse de l’officialité du tamazight renforce bigrement cette crainte. Il est pourtant de l’intérêt fondamental de la nation d’arrêter de jouer ses citoyens les uns contre les autres. Sur le fond, je crains fort que le sacro-saint désir hégémoniste d’unicité, d’unanimisme et d’homogénéité absolus de la nation et des individus qui la composent, soit encore le ciment national illusoire en vigueur dans les têtes des décideurs du régime de la pensée unique.

Nous étions, tous ensemble, dans la seconde moitié du vingtième siècle, vieux et jeunes, hommes et femmes, sommés d’être des Arabes ou censés l’être, voilà que nous sommes, au premier quart du vingt et unième siècle, en régime démocratique formel, à nouveau sommés de devenir des amaziphones arabisants et des arabophones amazighisants. Georges Orwell n’aurait pas refusé de collectionner cette perle politique dans ses ouvrages anti-totalitaires.

L’Algérie serait-elle donc condamnée à errer entre les extrêmes idéologiques et culturels juste pour permettre à une conception fascisante de la langue et de la culture de pérenniser un régime qui veut façonner le peuple selon ses délires à défaut de vouloir et pouvoir être l’émanation de sa sociologie faite de diversité, d’autonomie et de coexistence des différences.

Ni au pire moment des persécutions et dénis divers opposés à l’amazighité ni aujourd’hui, aucun militant sérieux du MCB n’a jamais pensé, ni, encore moins, revendiqué, de remplacer l’entreprise fascisante de purification linguistique et culturelle appelée ouvertement «arabisation», par une contre-démarche forcément revancharde d’amazighisation linguistique de nos compatriotes arabophones.

L’objectif de la reconnaissance des droits culturels et linguistique amazighophones n’est pas d’installer l’Algérie et l’Afrique du Nord dans une guerre permanente des langues, mais de vivre et de développer celles-ci dans un climat de paix et de coexistence conviviale de notre diversité enrichissante.

L’enseignement, une clé de voûte à encadrer par le législatif

L’évolution majeure acquise, reste, depuis le premier département universitaire de langue amazighe arrachée par la marche historique du 25 janvier 1990, puis l’enseignement de la langue dans le système éducatif à l’issue d’un boycott d’un million d’élèves et étudiants de Kabylie. C’est une clé de voûte première sans laquelle rien de sérieux n’aurait été possible. C’est dire combien le mot d’ordre de
«Tamazight di lakkul» du MCB était juste et le sacrifice de la génération du boycott essentiel.

Que de chemin parcouru depuis le 25 janvier 1990 et depuis l’enseignement rudimentaire de masse amorcé par des enseignants militants après une formation sommaire dans le cadre du HCA! Les statistiques des secteurs de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur sont suffisamment connues et disponibles pour qu’il y ait besoin de les rappeler.

Le refus de lever, vingt-deux ans après, en zone berbérophone, le caractère facultatif de l’enseignement du tamazight -caractère tout à fait légitime au stade primaire de l’expérience- enlève d’ores et déjà toute efficience ou sérieux à la généralisation de l’enseignement du tamazight, voire à son enseignement tout court, même dans les zones berbérophones, en particulier celles qui ne connaissent pas de vie militante sur ce sujet. De là à prétendre pérenniser, chez des locuteurs éloignés, l’enseignement d’une langue maternelle soumis à rude épreuve, y compris dans les zones militantes fiefs comme la Kabylie, il y a loin de la coupe aux lèvres.

Au lieu d’errer dans l’approximation démagogique lyrique et la manœuvre politicienne douteuse, nous conseillons aux pouvoirs publics de nous descendre du tapis volant de la fable et de commencer à débattre et négocier avec les concernés une loi-cadre. Celle-ci doit consacrer et projeter dans un plan court, moyen et long termes, la mise en œuvre progressive et graduelle, modestement et de manière réaliste, des caractères obligatoire et général de l’enseignement du tamazight, en territoires linguistiques berbérophones et pour les amazighophones vivant hors de ces territoires.

Légiférer sur ce caractère obligatoire pour les amazighophones n’est pas contradictoire avec sa mise en œuvre progressive. C’est une preuve d’une volonté réelle des pouvoirs publics. Il faut également revoir les maigres volumes horaires, les classes tardives de l’introduction du tamazight et les discontinuités de cet enseignement…pour ne citer que ces tares, et poser d’ores et déjà les jalons d’un enseignement dans la langue.

La loi organique cadre doit énoncer cette nouvelle politique linguistique, ainsi que les contenus de l’enseignement et de l’officialisation de la langue amazighe et les règles générales de son aménagement, les moyens humains, financiers, matériels et institutionnels qu’il appartient à l’Etat de rendre disponibles pour compenser son long et injuste déni.

En vérité, cette loi-cadre devrait précéder l’académie, contrairement au fait accompli que le pouvoir se précipite à imposer avec des intentions douteuses. On aurait pu s’en passer pour l’instant, connaissant la manière dégourdie dont les quatre départements ont rempli une part importante de cette fonction, loin de toute sujétion politique ou idéologique comme cela risque d’être le cas avec une académie désignée. 

L’académie construit et coordonne les variantes du Tamazight

La question de l’académie pose les problèmes de son statut juridique et politique, de sa composition et de ses missions scientifiques et académiques. Jusqu’ici, seule une disposition constitutionnelle ébauche son contour en décidant que l’Académie s’appuie sur les travaux des experts pour réunir les conditions de la promotion de tamazight en vue de concrétiser, à terme, son statut de langue officielle. En bref, réunir les conditions d’une officialité réelle et déterminer le moment de celle-ci. Cette mission n’est pas une mince affaire, car elle dépasse de beaucoup la seule activité académicienne.

Nous sommes bel et bien en face d’une fonction d’élaboration et de production académique qui se double d’une véritable mission de tutelle politique, directe ou par délégation, sur la mise en œuvre d’une disposition rien moins que constitutionnelle ! Il y a là un passionnant débat de juristes dans un contexte d’Etat de droit très relatif et d’absence de Cour constitutionnelle sur une question politique pas très aimée des décideurs. Mais il n’y a pas que ça.

La démarche unilatérale qui se dessine, chez les pouvoirs publics, quant aux aspects fondamentaux de ce projet d’académie, nous désole et nous fait craindre que le processus d’institutionnalisation envisagé ne cache, en réalité, un plan de neutralisation des avancées notables concrétisées jusqu’ici par les efforts académiques citoyens.

Il est pourtant normal, au double plan de la confiance politique entre pouvoirs publics et acteurs de la revendication, d’une part, et, d’autre part, de la pertinence professionnelle et technique de la future Académie, il est normal que la projection, la conception et la composition et missions de celle-ci soient publiquement débattues, voire négociées.

Le pouvoir n’a aucun intérêt à s’arroger le monopole d’une question dont il n’est pas suffisamment imprégné, voire  pour laquelle ses divers acteurs ne sont pas également et/ou sincèrement motivés. Mais on est, hélas, loin de ça. Il est à craindre que la cooptation de la composante ne carbure à l’allégeance et au clientélisme et autres minages irresponsables de terrain sensible.

Pourtant, l’autonomie politique et financière et la décentralisation de l’Académie en cours d’institutionnalisation et sa composition par des compétences indépendantes connues et reconnues de la scène scientifique, pédagogique et culturelle amazighe, est un gage de sincérité de l’autorité publique.

Pour notre part, malgré la faiblesse numérique relative au potentiel académique de langue amazighe actuellement en activité dans le pays et parmi la diaspora, nous pensons plus judicieux de parier sur l’engagement professionnel et affectif de celui-ci pour élire en son sein les meilleurs parmi ses pairs. Le collège électoral académique le plus indiqué est celui du corps enseignant tous grades confondus des quatre départements amazighs.

Les candidatures doivent toutefois être limitées au seul corps magistral des quatre départements. Une fois dégagé, le collectif de ces premiers pairs élus choisirait d’autres alors par cooptation parmi les académiciens disponibles de même niveau, en Algérie, hors de l’université ou chez la diaspora à l’étranger. Ensuite de quoi l’ensemble des membres élira le président de l’institution pour un mandat de trois ans renouvelable une fois.

Au préalable, il appartiendra aux pouvoirs publics, de préférence en concertation avec les académiciens des quatre départements, d’arrêter les nombres d’académiciens par variante et de consacrer l’autonomie financière et de gestion de l’Académie et d’en édicter les lignes de force de son organisation à charge pour elle de se donner un règlement intérieur.

Un haut Conseil militant pour l’amazighité

L’académie ou les départements seuls ne peuvent suffire devant l’ampleur de la tâche de réhabilitation et promotion des langue et culture amazighe. Un Haut Conseil composé de personnes choisies parmi les acteurs politiques et culturels de l’amazighité a toute sa place pour vulgariser et massifier le travail de l’académie et prendre en charge tous les autres aspects qui ne relèvent pas de ses missions, comme la politique du livre, l’édition, les différents arts amazighs, le recueil des traditions populaires, l’histoire, les TIC en tamazight, les médias, le cinéma, l’alphabétisation des illettrés en tamazight….

Au lieu de voir les militants amazighs comme des empêcheurs de tourner en rond, les pouvoirs publics gagneraient à mettre en place un espace institutionnel autonome et médiateur qui associe l’expérience de la société civile amazighophone et des militants de l’amazighité, à l’œuvre de consécration et de parachèvement d’une cause pour laquelle ils ont voué leur vie entière

Reprendre la réflexion à partir de l’officialité du Tamazight

En vérité, la cause amazighe est loin d’avoir abouti ni même d’avoir entrouvert la phase de l’aboutissement. Au-delà de son enseignement qu’elle présuppose, l’officialisation d’une langue est son utilisation dans les institutions de l’Etat. Il en est ainsi dans le monde et l’Algérie ne peut se distinguer par une nouvelle définition de ce statut.   

Ali Brahimi
 
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