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Sortie de crise : gare aux solutions de facilité

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le 05.03.18 | 12h00 Réagissez

Face à la crise qui persiste, nous assistons à une recrudescence de propositions plus ou moins simples à mettre en œuvre et qui, selon leurs auteurs, contribuerait grandement à mettre l’économie nationale sur rail.

Même s’ils mettent en garde contre certaines pratiques qu’il faut améliorer, comme l’environnement des affaires, ils présentent leurs propositions comme pouvant booster la performance économique dans le contexte de la crise actuelle.

Et les idées abondent comme solutions potentielles à nos maux économiques. Nous avons sur la table la dévaluation du dinar, l’attaque frontale du marché parallèle, le changement de monnaie en circulation par un autre dinar et ainsi de suite. Il est utile et important qu’un débat sain s’instaure pour mobiliser l’intelligence et les énergies de tous. Et le débat est enclenché. Mais faute de poser les bonnes questions, on fournit des alternatives qui peuvent parfois créer plus de problèmes que ceux qu’on essaye de combattre.

Lorsqu’on envisage de fournir des pistes de solution, il faut réfléchir avec méthodologie et rigueur. Un fameux chercheur bien connu
(Taylor) a démontré qu’un raisonnement intuitif non expérimenté et non validé est souvent erroné. Sa fameuse méthode de travail — l’organisation scientifique du travail — avait permis aux industries et entreprises de construction de multiplier par deux ou trois leurs productions, malgré quelques inconvénients sociaux. Avant lui, le milieu du travail n’était pas considéré comme digne d’analyses et de recherches méticuleuses. On continuait à travailler empiriquement et donc les améliorations étaient minimes. Lorsqu’on
réfléchit avec peu de rigueur scientifique, on aboutit à formuler des solutions qui sont apparemment simples et de bon sens, mais qui contiennent des incohérences multiples.

Les questions de bon sens

Les spécialistes en management conseillent aux décideurs ou à leurs conseillers de se poser au moins deux questions avant de choisir les pistes de solutions. La première consiste s’informer du côté scientifique pour repérer des possibilités de solutions.

Nous avons les théories de développement économique, les schémas d’ajustement aux crises économiques, les recherches sur le management des crises, la gestion des changements, etc. qui peuvent nous aiguiller pour identifier des pistes de solutions. Par exemple, la dévaluation est souvent identifiée comme facteur potentiel d’aide à la sortie de crise. Mais la littérature en fixe les conditions (les élasticités critiques). Notre pays a-t-il le potentiel pour satisfaire ces conditions en utilisant l’arme de la dévaluation comme outil de sortie de crise ? Rien n’est moins sûr, et nous avons même des preuves du contraire. Les dévaluations qu’on a eues n’ont pas fortement fouetté les exportations, ce qui est une des conditions critiques de ce choix.

Mais il est également exigé d’analyser les expériences similaires d’autres pays. On ne peut faire fi de l’expérience de l’humanité. Par exemple, pour notre contexte, quel est le pays qui a su juguler une crise pareille à la nôtre (réduction drastique de la rente) uniquement par le changement de sa monnaie en circulation ? Il va être très difficile à ceux qui préconisent une telle option de nous convaincre à travers l’expérience d’autres pays dans des conditions presque similaires.

Par ailleurs, c’est une optique très dangereuse car elle va laminer pour une longue période la confiance qu’ont les entreprises et les institutions nationales et internationales vis-à-vis de l’avenir de notre pays.

Même les citoyens vont remettre en cause leur degré de confiance vis-à-vis des symboles et des institutions du pays. Par ailleurs, le peu de gains (quelques milliards de DA) récoltés vont être laminés par de nombreux mécanismes économiques très néfastes. J’en citerai un seul : la vitesse de circulation de la monnaie va s’accroître à un moment de notre histoire économique où le déficit budgétaire va être financé par la croissance monétaire. Ce qui implique que l’inflation induite va être amplifiée. Ceci, soit les adeptes du changement de monnaie l’ignorent, soit ils le minimisent alors que c’est un danger réel. Financer le déficit budgétaire par l’émission monétaire est pour le moment moins dangereux que l’endettement international, mais le faire au moment de changer sa monnaie fait courir un gros risque inutile à notre économie.

En fin de compte, pourquoi ces solutions peu viables ?

Mais alors pourquoi tant de fausses solutions préconisées à des problèmes très réels et à une situation qui dure malgré les différents schémas thérapeutiques utilisés ? Les raisons sont multiples et complexes. Les lecteurs ont sûrement des explications personnelles à ce phénomène et parfois très justement parce que les motivations sont multiples. Il apparaît que, à travers les expériences multiples, que les bonnes solutions ont un certain nombre de caractéristiques.

Elles sont difficiles à proposer, à faire accepter et à exécuter. Elles demandent beaucoup de temps et de persévérance. Il est plus aisé de proposer à un malade une simple pilule qui le guérirait totalement plutôt qu’une lourde chirurgie qui risque de l’invalider plusieurs années. Tel est le problème des pays dépendants d’une rente et dont la création de richesses par les entreprises et les institutions du pays demeure problématique. La recherche de solutions faciles devient alors un sport national. C’est à qui trouvera les outils les plus faciles et les plus les rapides à mettre en œuvre pour arriver à des résultats le plus vite possible.

Il faut se méfier des solutions faciles lorsque les problèmes sont profonds et durables. S’il suffisait de changer de monnaie, de dévaluer ou de réprimer l’informel pour se tirer d’affaire ce serait trop facile. Mais au fait, ces schémas thérapeutiques s’adressent à quels types d’économies ? Nous avons un pays encore trop dépendant d’une rente et qui n’a pas encore intégré les mécanismes pour devenir une nation qui sait transformer la rente en richesse durable. Il faut transformer un pays dépendant de matières premières en un pays créateur de richesses durables.

C’est-à-dire que les ressources que nous tirons des hydrocarbures doivent aller surtout au développement des cerveaux humains, à la modernisation managériale des entreprises et de toutes les institutions nationales, de même que la création de nouvelles entreprises productives (au moins un million et demi).

C’est toute une ingénierie globale. Les spécialistes en sciences sociales savent le faire. Mais ils savent aussi que c’est compliqué à concevoir et à mettre en œuvre. Pour commencer à voir les premiers résultats, il faut au moins trois à cinq ans (recyclage des personnels en activités). Il y a déjà des entreprises algériennes, publiques et privées qui sont dans cette logique et qui savent créer de la richesse à partir de peu de ressources. Mais elles ne sont pas nombreuses. Le test de l’exportation le prouve. Lorsque nous aurons créé des dizaines de milliers de pareilles entreprises, on pourrait se targuer d’avoir vaincu la crise. Mais gare aux solutions de facilité.

Abdelhak Lamiri
 
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