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2017, ou l’année de la remise en cause du plan de riposte

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le 08.01.18 | 12h00 Réagissez


Les politiques économiques d’un pays comportent deux volets essentiels : les objectifs et la manipulation des instruments pour y arriver. Il faut reconnaître que sur le volet des buts à atteindre, très peu de changements eurent lieu depuis des décennies. Il est toujours question de construire une économie compétitive diversifiée hors hydrocarbures. Par ailleurs, la question sociale a toujours été au centre des préoccupations des décideurs.

Il y a un consensus national autour de ces objectifs et rares sont les remises en cause constatées. C’est déjà un bon départ que des objectifs d’un projet social fassent quasiment consensus. Mais c’est le second volet de l’équation qui a toujours posé problème. La variabilité des outils et des mécanismes utilisés a toujours posé problème au pays. Il est reconnu de tous que la stabilité des politiques économiques, et surtout de l’aspect réglementaire, est un atout sérieux de l’amélioration de l’environnement des affaires.

On peut rétorquer à juste titre que la variabilité des politiques économiques est également une caractéristique des pays développés et émergents. Le plan économique du président Trump est fondamentalement différent de celui du président Obama sur les taxes, les programmes sociaux et l’interaction avec le reste du monde.

Certes, nous assistons ici à des mutations brutales et extrêmes, mais qui illustrent de fort belle manière que ce problème existe aussi ailleurs. Cependant, la variabilité des politiques économiques ailleurs est surtout provoquée par des différences fondamentales dans le domaine des objectifs. Prenons toujours le même exemple.

Obama voulait réduire les inégalités sociales aux USA qui ne cessent de s’approfondir depuis le milieu des années soixante-dix. Trump voudrait développer davantage l’investissement et la croissance, quitte à sacrifier le volet social et la lutte contre les inégalités. La différence d’objectifs induit une mutation profonde dans les moyens d’y parvenir. Mais il est curieux de constater que, dans notre contexte, sans changement d’objectifs, on a une variabilité extraordinaire en matière d’outils économiques.
 

Un changement de cap ?

L’année 2017 n’a fait que confirmer que les politiques économiques du pays sont trop variables pour produire des performances acceptables. Même si les objectifs demeurent les mêmes, une forte variation dans la manipulation des outils économiques rend ces derniers peu performants.

Cette volatilité des positions concerne aussi bien le volet microéconomique que les variables macroéconomiques.
Sur la volatilité microéconomique, considérez le nombre de restructurations économiques du secteur économique productif que nous avons eues : la restructuration, les Fonds de participation, les Holdings, les SGP et le reste. A chaque fois, on nous affirmait que la solution idoine fut trouvée et que ce n’est qu’une question de temps pour que cette nième réforme produise les résultats escomptés. Mais à chaque fois, nous avions une déception en bout de chaîne.

Aujourd’hui, nous (les scientifiques) connaissons les outils et les méthodes qu’il faut déployer pour arriver à une restructuration efficace. Nous connaissons les instruments qu’il faut manipuler pour réussir de tels changements. Mais à chaque fois, on se rend compte que la méthodologie choisie n’est pas la bonne.

Il n’est pas question ici de développer les méthodes et les outils des restructurations sectorielles, mais juste de montrer qu’une trop grande variabilité détruit leur crédibilité et leur efficacité. Les outils macroéconomiques ont aussi été manipulés avec trop de fluctuations. C’est en ce sens que l’année 2017 consacre la variabilité.

Par le passé, nous avons eu droit à des mutations politiques du genre : réformes économiques à fort contenu néo-libéral, relance de l’économie par la modernisation des infrastructures (politique type keynésienne), privatisations, puis remise en cause du processus, etc. Cela fait plus de trois ans que la crise économique s’est déclenchée.

Les politiques de riposte ont choisi plusieurs pistes. La première, qui fait l’unanimité et qui semble être la décision la plus logique, concerne la rationalisation des dépenses. En réalité, ce choix est le plus difficile à mettre en pratique, car nos entreprises et nos administrations sont très peu préparées à exécuter ce genre de dispositions.

Il faut un management de classe mondiale pour rationaliser les dépenses et obtenir l’efficacité marginale standard pour chaque dinar investi.

Souvent, une idée largement acceptée est une banalité difficile à mettre en pratique. Mais l’année 2017 a vu un revirement économique important dans le domaine des grands choix budgétaires et monétaires.

Politiques budgétaires et monétaires revisitées

Malgré les difficultés de traduire sur le terrain le principe de la rationalisation des dépenses, il y a eu un domaine où des progrès tangibles ont été faits grâce à la révision des politiques de construction d’infrastructures tous azimuts, dépassant les capacités de production nationale et sollicitant outre mesure les concours extérieurs.

En effet, un gel sur la construction d’infrastructures non vitales commençait à voir le jour et à donner des résultats dans le domaine de la consolidation budgétaire. L’Etat avait construit une trajectoire budgétaire qui devait mener à l’équilibre à moyen terme. On commençait à avoir des résultats tangibles. Le déficit budgétaire commençait à être sérieusement maîtrisé.

Voilà qu’en 2017, le budget des équipements explose et remet en cause la trajectoire budgétaire et la remise en cause de la politique budgétaire fut consacrée.

Il en est de même pour la politique commerciale.
On savait que des commissions d’administratifs qui délivrent des licences ne pouvaient que produire les effets néfastes connus (possibilités de corruption et favoritisme, retard dans l’approvisionnement de l’économie, etc.). L’abandon de cet outil fut une autre mutation importante dans le domaine des instruments manipulés.

Le budget consacré aux infrastructures a explosé et met en danger le processus de consolidation budgétaire et également nos réserves qui risquent de fondre plus rapidement. Il est possible que ce gonflement des dépenses d’équipements soit provisoire et ne concerne que le budget de 2018, conçu bien sûr en 2017. Si tel serait le cas, les conséquences seraient minimes et on peut entrevoir l’avenir avec beaucoup plus de marge de manœuvre. Nous aurions plus de temps pour construire cette fameuse économie compétitive hors hydrocarbure qu’aucun gouvernement n’a su ériger.

Le budget d’équipement de l’année 2019 doit être ramené aux environs de 2000 milliards de dinars sous peine de voir les déficits budgétaires s’aggraver et les réserves fondre (effets induits d’importation des inputs). Pour le commerce extérieur, on a l’option d’amélioration de la compétitivité (mais on ne sait pas le faire). Il reste l’option des politiques par le taux de change, la fluctuation du dinar et la gestion plus rigoureuse des subventions et des recettes des exportations des hydrocarbures. Ce qui sera détaillé ultérieurement.

Abdelhak Lamiri
 
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